
L’une des premières expositions thématiques de l’histoire des expositions photo qui nous conte l’histoire de l’humanité en 500 clichés. Elle fait figure depuis sa conception en 1955 de référence en la matière. L’originalité de « The family of man » est d’être présentée au public depuis les années 1950.
La vocation d’une exposition est le plus souvent d’être montrée au public pendant une durée déterminée dans un lieu précis, voire des lieux -si elle est itinérante. Les œuvres sont prêtées par des collectionneurs privés, des musées, elles sont réunies et organisées en parcours d’exposition. Le public se presse pour assister à l’évènement. L’exposition est ensuite démontée, les œuvres restituées à leurs propriétaires. Ne restent alors plus que les publications écrites, numériques réalisées pour ne pas perdre, pour garder la trace, la mémoire de l’évènement.
Sur la forme. L’exposition a été montée par Edward Steichen (directeur du département de la photographie du Moma de New York entre 1947 et 1962). Accrochée au Moma, en 1955 le succès est immédiat et important. Des versions itinérantes sont créées, elles voyagent à travers le monde et comptabilisent 9 millions de visiteurs entre 1955 et 1962 !
La dernière version itinérante de l’exposition est offerte au Grand duché du Luxembourg en 1964 (Steichen est natif du Gd Duché). Le lieu définitif pour recevoir « The family of man » est décidé : le château de Clervaux. Après restaurations, les photographies sont installées dans un musée spécifique au sein du château. Aujourd’hui, on peut donc visiter « The family of man » 53 ans après sa première présentation au Moma ! D’expo temporaire, puis itinérante, « the family of man » est aujourd’hui devenue une exposition permanente de musée. Joli parcours !
Sur le fond. « The family of man » présente 500 photographies en noir et blanc de plus de 270 auteurs professionnels (on y trouve notamment des clichés de Cartier-Bresson, Willy Ronis, Walker Ewans, Dorothea Lange…) ou amateurs venant de 68 pays. Pour monter ce projet Steichen avait fait un appel à collecte qui s’est soldé par 4 millions de clichés envoyés !
L’objectif de son exposition était (et reste) d’expliquer l’homme à l’homme. Pour cela, les 500 photographies sont présentées en 37 thématiques allant de la naissance à l’éducation, en passant par la guerre, la paix, la mort…Les regards des auteurs sont croisés et se répondent : d’Afrique, d’Europe, de Chine ou d’ailleurs on nait de la même manière, on s’aime, on travaille, on meurt si ce n’est de manière identique…nos pratiques apparaissent comme très proches. Bien sûr il s’agit d’une sélection, d’un parti pris d’un commissaire d’exposition au service ce son propos. Néanmoins l’émotion et la force dégagées par les photographies, le caractère universel des thématiques présentées font de « the family of man » une exposition qui réaffirme (même et surtout plus de 50 ans après sa première présentation) que l’humanité faite de communautés spécifiques, diverses et riches ne fait finalement qu’une.
Je vois cette exposition comme une exposition d’intérêt public, une réponse efficace à certains discours ambiants, à certains enfermements communautaires ! D’ailleurs, en 2003 « The family of man » a été inscrite dans le registre de la mémoire du monde de l’Unesco.