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"Sur Mesures", Charlotte Charbonnel - Musée Réattu, Arles

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Posté par Elysia le 2011-09-27



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Au vu d‘un parcours déjà bien dessiné, la problématique artistique de Charlotte Charbonnel pourrait se ranger sous deux thématiques principales : nature/culture, science/expérience.
Sa démarche aux angles ouvertement scientifiques rejoint par certains aspects les travaux de Miyanaga et Sekine comme elle résulte d’une politique pédagogique globale tendant à placer au centre des formations plastiques la pluridisciplinarité. Aux interrogations sur ses coups de coeur, cette native de Maubeuges cite entre autre chose et pêle-mêle Céleste Boursier-Mougenot, Thierry Kuntzel et la vidéaste de l’imperceptible et de la subjectivité, Edith Dekyndt (1). L’observation de la vie, l’apprentissage de ses dynamiques multiples, l’attention portée aux procédés et processus, l’analyse des mécaniques et des mouvements, le principe de la connaissance par l’expérience sont au cœur de sa créativité sans qu‘en soit bannie la portée sensible. Traversées d’éclairs poétiques, ses installations, ses sculptures ne sont néanmoins pas que reproduction du réel ou reconstitution in-vitro. Son travail s’apparente à un laboratoire dédié à des champs différenciés, des expérimentations in situ déclinées sur un mode récurrent : action/réaction, inertie/énergie, synergie/synesthésie, des modes auxquels elle convie volontiers le visiteur, ravi de jouer les apprentis-sorciers d‘un jour. Son but est de produire une oeuvre « qui [puisse] potentiellement contenir d’autres oeuvres», «une chose qui en montre une autre» (2), une oeuvre laboratoire qui dialogue sans cesse avec le lieu de résidence.

 
 

A la croisée de la figure archétypale du savant fou et de celle, moins conventionnelle, d’exploratrice des sens, bricoleuse ingénieuse et conceptrice curieuse des microcosmes, la jeune plasticienne aime concevoir, maquetter, construire des prototypes avec comme dénominateur commun une passion pour les phénomènes naturels et climatiques. An elusive landscape, 2006, nuage en formation aux allures de peinture chinoise traditionnelle, en est une bien émouvante illustration. « Je fais de nombreux tests en amont mais, au final, le résultat reste complètement hors-contrôle », confie Charlotte. A la découverte de ses installations se tisse en filigrane un fil d’Ariane : l’architecture. Qu’elle soit matérielle ou sonore, qu‘elle participe de l‘installation ou qu‘elle en soit le cadre, à l’instar du son, elle en est un des murs porteurs. Car s’il y a bien un leitmotiv dans l‘œuvre laboratoire, c‘est assurément le son. A ce propos, elle explique que «les ondes sonores ne cessent de [l’]’étonner. […][qu’] il y a des choses dans le son qu’[elle] ne comprends toujours pas, et [que]c’est-ce qui [la] fait avancer» (3). Un de ses objectifs premiers est de donner à entendre et écouter des matières improbables (acrylique, encre de chine, neige artificielle), de les écouter de l‘intérieur. Application avec 5 Sphères en 2008. Forte d’une attitude portée par le doute et l‘humilité, Charlotte découvre, apprend, cuisine, propose et approfondit. En 2009, elle affine sa formation initiale à L’ENSAD pour mieux appréhender le monde sonore des matériaux. Dans la foulée, passage à la pratique en 2011 avec Vibrato con sordino présentée à la Verrière Hermès à Bruxelles. L’installation compte parmi les pièces les plus abouties et les plus sophistiquées de son cursus. Elle est composée d’une sphère d’eau translucide scellée sur un socle de béton, complétée par des cordes colorées tendues sur plafond. La sculpture futuriste à souhait se révèle par pincement une harpe originale cousue mur et verrière.
Musique encore au programme avec une ode à la palpabilité d‘un astre adulé depuis l‘aube de l‘humanité : le soleil. Bluffée par l’enregistrement de son activité par les dopplers, Charlotte a l’idée d’une installation fantasmatique. Bienvenue à De 48°34’ à 18°. Le titre, codex énigmatique à première vue, fait référence aux coordonnées du trajet du soleil dans les régions polaires, ces zones du globe où Hélios ne se couche jamais. Là-encore, juste pour écouter et faire écouter la lumière solaire, ses vibrations, ses ondes électromagnétiques. Alliant technologie et organique, éléments et matières, Charlotte recourt enfin à des matériaux de toute sorte : acier, cuivre, bois, métal, poudre et limaille de fer en les faisant cohabiter avec des matières contemporaines (plexiglas, bille de polystyrène, nylon fluorocarbone). Si, dans la plupart de ses installations, le son prédomine, il est aussi, le cas échéant, complété par la vidéo : Rosarium, De 48°34’ à 18°.
 
Depuis cet été, Charlotte Charbonnel est l’invitée du musée Réattu dans le cadre de l‘exposition Sur Mesures. L’ancien grand prieuré de l’ordre de Malte reconverti en espace muséal s’est spécialisé dans la création contemporaine. Il passe régulièrement commande à de jeunes artistes. Il se fait aussi le relais d’initiatives locales comme celle de l’association Phonurgia Nova en développant avec cette dernière un département d’art sonore unique en France. C’est d’ailleurs la topographie et l’acoustique que va exploiter Charbonnel lors de sa résidence. L’enjeu est «de faire rentrer le Rhône dans le musée» (4), de jouer sur la violence du vent, l’atmosphère des salles souterraines et le magnétisme du lieu. Le corpus comprend notamment une création inédite, Hommage aux chuintements de mistral ainsi que des installations plus anciennes - De 48°34’ à 18° et Stéthosphères.
 
 
 
(1), entretien par Pascal Goffaux, RTBF pour Vibrato con Sordino, la Verrière Hermès, Bruxelles, Janvier 2011.
(2), présentation de l’œuvre laboratoire sur le site de Charlotte Charbonnel.
(3), extrait du communiqué de presse de l’exposition-expérience «Sur Mesures» au musée Réattu.
(4), extrait du communiqué de presse de l’exposition-expérience «Sur Mesures» au musée Réattu.

 




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