
|
"Profondo Rosso", Surnatural Orchestra - Théâtre Silvia Monfort
Théâtre
|
![]() ![]() |
|
Les représentations n'auront duré que deux jours, malheureusement, d'un spectacle qui aura tourné (un peu) depuis novembre 2007, année de sa création au festival "Dolce Cinema" à Grenoble puis à Jazz à la Villette en septembre 2008. Ce fut l'occasion de découvrir le beau théâtre Silvia Monfort et ses canards jaunes et puis l'esprit frapadingue et amoureux d'Art du Surnatural Orchestra. Amoureux d'Art, il l'est certainement autant que Dario Argento dont il a décidé d'interpréter l'un des chefs-d'oeuvre, le giallo de 1975, Profondo Rosso (sériebéement intutilé en France Les frissons de l'angoisse). Quand le maître italien émaille ses films de références - le plus souvent picturales - dans l'idée que l'oeuvre d'art conditionne, à la façon d'un prisme, notre vision du monde, le Surnatural Orchestra relit, remonte, rejoue, confronte le film de façon à en faire émerger les sens cachés. ![]() Celui le plus saillant, le plus avoué, le plus marquant (et le plus éloigné ?) et qui sert de fil conducteur - jusqu'à l'éviction de certaines scènes entre Mark et Gianna - est le sens politique attribué à ce film sorti durant les années de plomb et non longtemps après la mort suspecte de Pasolini, clamant alors la dégénérescence du monde bourgeois. Présentée en introduction et relayée par la lecture de textes de Pasolini, la réécriture d'un dialogue au début entre Mark et Carlo (évoquant des attentats à Milan) ou encore, notamment, une scène chantée et dansée où la danseuse meurt comme étouffée par la main de gens se refermant autour d'elle, la lecture politique de Profondo Rosso fait de la maladie psychique la maladie du corps social. Au-delà de cette appropriation, dont on peut déplorer qu'elle efface autant les relations conflictuelles entre hommes et femmes qui donnent son corps au film original, mais dont on salue immédiatement après l'ambition assumée, la relecture de Profondo Rosso, dépouillé de la bande-son des Goblin, presque dépouillé de ses dialogues (hormis une demi-douzaine de scènes avec leur son ou avec uniquement les sous-titres) fait éclater la virtuosité créatrice de formes d'Argento en ôtant le "gras" de l'histoire (c'est d'ailleurs toujours une chose à faire pour voir Argento). On plonge alors dans l'image, fasciné, comme cet oeil qui revient trois fois, et on en absorbe tous les mouvements, lents, de cette présence qui se déplace, qui observe, prévoit, agit. Ce qu'on voit aussi, c'est un peu de Hitchcock et de l'humour, des comportements inexpliqués, un suspens imaginaire, des meurtres beaux. On voit aussi des images chocs, des clés pour rentrer dans les couches du film ou en sortir, lire un entretien avec Argento ou parler de Pasolini autour d'un visage déformé. ![]() Créer un ciné-concert, pour le Surnatural Orchestra, ce n'est donc pas que réécrire la musique et la soumettre au film. C'est se livrer à un réel travail de lecture, d'appropriation, d'éclaircissement ou d'atténuation des aspects du film original. Ici, la partition navigue entre jazz musclé, bruitisme, et musique à suspens électrifiée. C'est un véritable plaisir d'écoute relevant sans fausse note certaines séquences pour en laisser d'autres plus silencieuses, ténues. Ambitieux donc, mais pas destructeur, cherchant à épouser les espaces de Profondo Rosso avec les siens propres pour créer une forme nouvelle, née d'un mariage interdisciplinaire réjouissant. Un orchestre hors du commun à découvrir de façon assez urgente (et dont l'agenda est sur le site !!). Le théâtre Silvia Monfort Le Surnatural Orchestra Et un petit morceau de Goblin pour la route
Commentaires
Pas de commentaires pour le moment Insérer un commentaire : |
