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 "Oblomov", m.e.s. Volodia Serre, Comédie Française (jusqu'au 9 juin)

 "Quand je pense qu'on va vieillir ensemble", m.e.s. J-C Meurisse, les Chiens de Navarre (en tournée)

 "Fragmente", m.e.s. Sofia Jupither, Odéon, Théâtre de l'Europe

 "Clôture de l'Amour", m.e.s. Pascal Rambert - en tournée

 "The Four Seasons Restaurant", m.e.s. Roméo Castellucci - Théâtre de la Ville

 "ATEM, le souffle", m.e.s Joseph Nadj - 104

 "Jeux de Cartes 1 : Pique", m.e.s. Robert Lepage - Odéon, Théâtre de l'Europe

 "Memento Mori", de Pascal Rambert & Yves Godin - Théâtre de Gennevilliers

 "Tout va bien en Amérique", m.e.s Lescot et Delbecq - Théâtre des Bouffes du Nord

 "Seuls", m.e.s. Wajdi Mouawad - Théâtre National de Chaillot

 "Le mal court", m.e.s. Stéphanie Tesson, Théâtre de Poche-Montparnasse (jusqu'au 21 avril)

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"Pomme", Cristof Yvoré - Espace DIX291 (jusqu'au 8 décembre)

Expos
Posté par Patrick Scemama le 2012-10-04



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Très peu montré en France, alors qu’il y vit, mais représenté par une des plus grandes galeries internationales, Cristof Yvoré est un artiste déroutant. Son interrogation sur la peinture, qui s’exprime dans des toiles figuratives et silencieuses, pourrait laisser indifférent le spectateur trop pressé. Mais celui qui saura s’y arrêter découvrira la subtilité, la profondeur et la mélancolie de ce travail atypique et solitaire. Il expose enfin à Paris.
 
 « Nul n’est prophète en son pays » : un peu partout dans le monde, le proverbe est toujours d’actualité et se vérifie tous les jours, dans tous les secteurs d’activités. Pourtant, s’il est un artiste à qui il s’applique particulièrement bien, c’est à Cristof Yvoré, ce peintre français dont le travail n’est quasiment jamais montré dans son pays, alors qu’il est représenté par la Galerie Zeno-X d’Anvers, une des plus importantes galeries de peinture, qui représente aussi Luc Tuymans, Michaël Borremans ou Marlène Dumas. La peinture, il est vrai, n’a pas bonne presse en France et on la montre peu dans les institutions ou les galeries. Qui plus est, Cristof Yvoré a une palette qui se rapproche beaucoup de celles des peintres flamands (beaucoup de brun, de gris, d’ocre, de beige), alors qu’il vit à Marseille, sous le soleil de la Méditerranée.
 
Mais l’artiste n’est pas à un paradoxe près. Un autre est de faire une peinture figurative, alors que le sujet n’a qu’une valeur relative pour lui. Et de fait, Cristof Yvoré s’attache à des motifs archirabachés en peinture (comme des fleurs, des pots, des natures mortes) ou émanant de simples réminiscences (des rideaux, des angles vides, des façades) qui ne présentent pas d’intérêt particulier. Et pour bien montrer que ce sujet n’est qu’un prétexte, il en donne une représentation simplifiée, le cadre de manière incongrue - souvent en l’agrandissant exagérément ou en déformant ses proportions - et l’inscrit dans une perspective fausse. Comme Baselitz décida un jour de renverser ses figures humaines pour bien montrer que le sujet n’était pas l’élément le plus important de sa peinture, Cristof Yvoré livre d’emblée les clefs, mais de manière moins radicale, de ce qu’il ne faut pas voir dans ses toiles.
 
cristof Yvoré
Untitled, 2012 (huile sur toile 41,5x47cm)
 
Que faut-il y voir alors et pourquoi Cristof Yvoré peint-il ? Et bien, il peint pour peindre, pour se demander ce que représente aujourd’hui l’acte de peindre, pour se poser les questions qui sont inhérentes à cet acte et qui le fondent : celles de la couleur, de la matière, de la lumière (il a même, comble du culot pour un peintre de cette trempe, publié un catalogue où ne figurent volontairement que des reproductions en noir et blanc de certaines de ses oeuvres*) . Mais à la différence de bon nombres de ses confrères, traversés par le même questionnement, Cristof Yvoré ne fait pas table rase du passé. Il reste dans la tradition de la toile et de la peinture à l’huile ; il inscrit sa démarche au sein même du médium qu’il interroge et dialogue même avec cette tradition. Sa démarche est profondément contemporaine, mais il n’a pas besoin de déconstruction, de démolition ou de dénonciation du support pour y parvenir.
 
C’est donc dans le rapport à la toile que tout va se jouer. Une toile que l’artiste construit peu à peu, à laquelle il se confronte de manière physique, qu’il élabore à la manière d’un mille-feuille lentement cuisiné ou d’un palimpseste qu’il réécrit constamment. Car tout l’art de Cristof Yvoré est un art du recouvrement. Il superpose les couches les unes sur les autres, faisant passer le tableau par de nombreuses étapes, jusqu’à la limite extrême de la « tenue ». Et ce n’est que lorsque l’accumulation de matière risque de saturer, littéralement de s’effondrer, qu’il juge le tableau terminé. Pour autant, il ne cherche pas systématiquement l’effet de matière, comme Eugène Leroy, un peintre qu’il cite volontiers, mais ses toiles portent les marques de cette accumulation : elles sont grumeleuses, rocailleuses, accidentées, le contraire d’une peinture lisse et désincarnée. Mais elles ne relèvent pas non plus de la « bad painting », d’une volonté de s’affranchir des codes et des conventions et de faire délibérément preuve de mauvais goût. Non, encore une fois, la peinture de Cristof Yvoré est dans l’entre-deux, à la limite, aux bords de : de l’élégance et de la vulgarité, du raffinement et de la brutalité, de la croûte et du chef-d’œuvre.
 
cristof yvoré
Untitled, 2012 (huile sur toile, 112x94cm)
 
Mieux même, le paradoxe (encore un !) est que c’est de cette matière épaisse que vient l’intensité et la subtilité de cette peinture. Les sujets, pourtant lourds, épais, charnus, ne semblent pas peser dans l’espace, mais vibrer, comme suspendus par des fils invisibles et résistants aux lois de l’apesanteur. Ils rayonnent, comme s’il émanait d’eux une énergie intérieure. La masse de peinture, qui devrait obstruer la toile et la rendre opaque, donne naissance à la lumière qui les anime et les fait vivre ; elle leur donne aussi chair et corps (même si aucune forme humaine n’apparaît désormais dans la peinture de Cristof Yvoré) et elle leur confère enfin une dimension métaphysique :  comme pris au piège de la toile, isolés sur des fonds uniformes qui ne leur laissent aucun échappatoire (ni au spectateur aucune forme de divertissement), ces objet et ces fleurs semblent plongés dans la contemplation du temps qui passe et rendus à leur solitude première. Il y a bien sûr un jansénisme dans cette peinture qui renvoie aux « vanités » et fait parfois penser à Morandi. Mais là encore, elle n’affirme rien, ne tranche rien et préfère distiller insidieusement, et non sans humour, sa sourde mélancolie.
 
A l’espace DIX291, une galerie non marchande tenue par deux artistes, Bernard Crespin et Myriam Bucquoit, Cristof Yvoré expose en ce moment quelques-unes de ses dernières œuvres. On y trouve donc des fleurs, des pots, une bougie en partie consumée et même une sorte de pingouin dont on ne sait pas s’il est une représentation de l’animal ou d’une figurine qui lui ressemble. L’exposition s’appelle « Pomme », mais il n’y a pas de pomme à voir. On pense bien sûr aux pommes de Cézanne, qui en disent long sur la vérité de la chose figurée (« La pomme peut tout remplacer, et tout peut être remplacé par une pomme », disait-il) et avec lesquelles Cristof Yvoré entretient  une passionnante histoire de peinture.


"Pomme", une exposition à voir à l'Espace DIX291 - 10 passage Josset 75011 Paris.
Quelques toiles de Cristof Yvoré seront aussi montrées à la FIAC, du 18 au 21 octobre, sur le stand de la galerie Zéno-X.
 
* « Pots » aux Editions P.

 
cristof yvoré
Untitled, 2012 (huile sur toiles 87x75cm et 135x110cm)
 




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