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"Philoctète & Ravachol", de Cédric Demangeot - Maison de la Poésie

Théâtre
Posté par Marion Oddon le 2010-01-21



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Entre un argonaute déchu et un anarchiste décapité se tissent les fils d’une révolte et d’un mal être identitaire à fleur de mots. Un lien à trouver dans des questionnements qui résonnent : Qu’est ce qui forme l’appartenance à un peuple ? Quitte t-on vraiment une société seul ou en est-on toujours exclu ? Quelles conséquences sur notre propre condition d’être humain ? Qui doit vraiment à qui : l’individu ou la Nation ?

Cédric Demangeot illustre ces réflexions en opérant une juxtaposition de deux destins écorchés, l’un réel, l’autre mythologique, qui s’achèvent tous deux en farces amères. Ravachol, ouvrier à huit ans, révolté et passionné, sera guillotiné sans soutien d’aucune part. Philoctète, après avoir servi fidèlement son peuple est abandonné par ses pairs, déclinant à petit feu, entâmé dans sa chair par une fleur étoilée qui le gangrène à mort.

Patrick Zuzalla, metteur en scène et scénographe, a choisit de trancher dans les différences pour mieux faire ressortir l’universalité du sujet. Adoptant une approche en forme de copier coller de textes, de mots et de cadres, il donne à cette pièce un ton résolument dynamique. Verticale en première partie, la scénographie se fait couchée et pesante au travers du corps incarné du comédien. Un visage pour deux voix, et des gestuelles qui s’émancipent. La diction de Damien Houssier  se fait lâme cinglante, musicale et entêtante, se rembobinant sur une lettre, s’accélérant dans des tensions dramatiques pour former un galop vers la mort inéluctable.

L'auteur choisit volontairement de soustraire la vie de Ravachol à notre histoire et d’amener le mythe de Philoctète dans la sphère de notre quotidien. Il s’amuse ainsi avec la figure de Ravachol en pied de nez idéologique - « Espèce de Ravachol ! » devenant l’expression consacrée de la nullité critique. Il  permet surtout de jeter des affirmations qui posent aussi questions, telles « l’anar… c’est QUOII !! » ou « On ajourne pas les morts »…

Et le corps de Damien, traversant les époques et les insurrections, se modifiant brutalement pour faire vibrer les révoltes et se dresser vers l’avenir (quel qu’il soit). La première partie, glaciale et brutale, se confronte à l’amertume basse et vile de la seconde. L’impeccable maitrise du Ravachol calculé laisse place à l’hystérie revancharde d’un homme qui n’est plus qu’un corps sans âme.

Philoctète et Ravachol est une pièce mélomane et révoltée, d’une qualité d’autant plus grande qu’elle se lit à plusieurs niveaux et permet de découvrir dans le détail la vie et la fin de deux personnages fascinants dans leur dévouement à leur engagement.

« Je refuse de vivre autrement qu’autrement », lance Ravachol. La force inflexible pourrait-on dire...
Du 20 janvier au 14 février 2010
 

 
Maison de la poésie
Passage Molière
157 rue Saint Martin, 3e (Paris)
réservation au 01 44 54 53 00



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