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"Notre terreur", m.e.s. Sylvain Creuzevault - Théâtre de la Colline

Théâtre
Posté par Luc Reyrolle le 2010-09-19



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Une Terreur salutaire -
 
Saint-Just, Robespierre, Carnot et leurs camarades sont au début assis sagement parmi nous. Ça ne dure pas. Saint-Just le premier s'éjecte de son siège et se livre à un monologue enflammé, dans lequel il se fait l'avocat de Robespierre. Le spectacle va dérouler sous nos yeux les épisodes qui ont conduit à cette chute, en nous plongeant dans les séances du Comité de Salut Public de 1794, au lendemain de la mort de Danton.
 
Au fil des réunions et des mesures à prendre pour conduire le processus révolutionnaire, chacun avance pas à pas, dévoilant son caractère et son appétit de pouvoir. La mécanique pour sauvegarder sa position – et sa vie ! – s'enclenche dans l'exaltation et le choc des égos. Au motif de sauver la République, tous les excès seront permis. Ça ressemble parfois à une foire d'empoigne où les membres veulent en découdre jusqu'à en venir aux mains.
 
La Terreur est en place, le Pouvoir est aux abois.
 
Tout se passe pratiquement autour d'une table où le groupe fait le difficile apprentissage de la démocratie dans une urgence enfiévrée et une ambiance électrique. On vote à tour de bras des délibérations pour mettre aux arrêts, pour stopper les armées étrangères, pour assurer le ravitaillement et tenter de rétablir l'ordre dans l'anarchie qui sévit en France au lendemain de la Révolution. On théorise sur l'idéal révolutionnaire et on guillotine sans compter.
 
On retrouve la marque de fabrique de Sylvain Creuzevault et de sa compagnie d'Ores et déjà, qu'on avait pu apprécier dans leur précédente création collective Le Père Tralalère : dialogues entre les différents personnages qui se superposent, compositions à partir d'improvisations, mise en scène qui multiplie les directions, de la solennelle grandiloquence à la farce grand guignol. Le jeu des comédiens alterne entre les déclamations pour incarner la fougue de l'absolu et les ruptures comiques qui ramènent les membres du Comité à une dimension humaine et plus intime, parfois proche de la classe de potaches, dans les séquences d'affrontement. Le texte, très documenté, n'hésite pas à jouer lui aussi sur les ruptures et les anachronismes, convoquant Marx, Büchner et même, en un clin d'œil, Vitez.
 
Fondé sur un travail d'échanges entre les acteurs et le metteur en scène, sans hiérarchie, le processus de création collective de la compagnie renvoie directement à l'aventure collective du Comité. D'ailleurs la troupe peut, de soir en soir, modifier certains détails au gré de l'inventivité de l'instant, renforçant l'impression d'élaboration en direct. Cette grande proximité de personnages du passé, alliée à la précision historique, confère au projet une dimension pédagogique, où les plus jeunes seront sûrement ravis par cette approche séduisante de l'Histoire. Ils y apprendront notamment comment la pomme de terre fut soupçonnée d'être vénéneuse...
 
Acteurs et spectateurs, unis par le dispositif bifrontal et l'éclairage constant de la salle et du plateau, participent à la même aventure : le public devient témoin des débats, une assemblée de députés de la Convention, que les membres du Comité doivent convaincre pour sauver leur peau. Pas de panique, on ne nous demande pas pour autant de voter...
 
A voir au Théâtre de la Colline jusqu'au 30 septembre

En tournée 2010-2011 : Bruxelles, Toulouse, Clermont-Ferrand, Annecy, Nogent-sur-Marne, Villefranche-sur-Saône, Alès, Marseille, Bordeaux, Tulle, Vélizy, Creil, Liège, Maubeuge, Lille, Montpellier, Béziers, Cergy Pontoise, Grenoble, Villejuif, Aubusson, Valence.

notre terreur sylvain creuzevault théâtre de la colline
(c) Marine Fromanger
 
 
 




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