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"Morphine", m.e.s. de Thierry Atlan - Théâtre du Lucernaire

Théâtre
Posté par Thavary Mam le 2010-04-27



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Un siècle après les Confessions d'un mangeur d'opium anglais de Thomas de Quincey, l'écrivain russe Boulgakov écrit une nouvelle inspirée de sa propre expérience, Morphine. C'est l'histoire de Poliakov (Jérémie Malavoy) qui, à l'ère de la révolution russe, exerce la profession de médecin, au fin fond d'une campagne. Le jeune homme devient accro à l'opiacé. Il couche par écrit sa dépendance dans un journal qu'il décide de transmettre à Bomgard (Mathias Mégard), collègue et ancien ami de faculté.
 
La scène, éclairée par une lumière tamisée, est recouverte de plusieurs tapis tandis que le texte décrit des paysages enneigés. Le calme et la douceur règnent, en apparence seulement, car l'aspect floconneux renvoie à la poudre blanche et plus généralement à la drogue que Poliakov, l'esprit nerveux, le visage en sueur et les pupilles dilatées, voudrait voir face à lui. Les pas du drogué se dirigent tantôt vers son bureau, tantôt vers sa chambre mais son âme est toujours happée par la morphine.
 
D'abord utilisée pour soulager un mal inconnu, l'analgésique devient ce « diable en  flacon » qui dévore, le personnage, comme l'aigle rongeant le foie de Prométhée sur les hauteurs du Caucase. Garrots, flacons et injections intraveineuses enferment Poliakov dans une spirale infernale. Le journal, lu par Bomgard et qui fait du spectateur un explorateur de l'âme du docteur est rigoureux, médical et apparaît surtout comme la plaie béante du toxicomane et une allégorie de la situation du pays. Alors que la société russe est secouée par la révolution et la guerre, le corps et l'esprit du jeune homme volent en éclats.
 
Dès le début de la pièce, l'on devine un voyage sans retour : Poliakov, frêle et dos tourné au spectateur, est assis au fond de la scène comme en marge du monde, « hors-circuit » tandis qu'au premier plan figure Bomgard, découvrant la chronique de son confrère. Le journal, traversé par l'isolement et le désespoir tel que le suggèrent les pages déchirées, constitue le trait d'union entre passé et présent. Thierry Atlan fait coexsiter deux temporalités sur la scène, joue sur un dédoublement trouble des voix narratives et confère ainsi à sa pièce une note fantomatique. Le recours à la vidéo en noir et blanc, aux contours flous et fugaces laissent également transparaître cette impression spectrale. Et l'émotion culmine lorsque le plus célèbre des tableaux de Munch, Le Cri, semble jaillir pour exprimer la détresse du morphinomane, abandonné par une diva dont il se remémore la voix comme une nostalgie lui crevant le coeur.
 
Toutefois, l'adaptation comporte une faiblesse. Celle-ci se rapporte à une présence féminine trop discrète. Le rôle de l'infirmière, dont les rapports avec Poliakov symbolisent la lutte de ce dernier contre sa propre dépendance, s'avère peu convaincant. Mais, au final, le tableau introspectif et lucide du médecin invite à une descente aux enfers tout à fait captivante. La pièce dresse une peinture édifiante et terrible d'un homme malade, obnubilé par les paradis artificiels, portée par une distribution talentueuse. Ecrite dans un style obsessionnel, Morphine reluit comme un diamant taillé dans des heures crépusculaires.

A voir au Théâtre du Lucernaire jusqu'au 12 juin




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Commentaires
De : SysTooL

Je viens d'en parler ici :
http://systool.over-blog.com/article-mikhail-boulgakov-recits-d-un-jeune-medecin-ed-livre-de-poche-48848879.html

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