bandeau

 





 "Sorties 8, 9, 10", ESAC de Bruxelles - Parc de la Villette (jusqu'au 14 août)

 "Travels in the Mediterranean" de Cai Guo-Qiang - MAMAC (jusqu’au 9 janvier 2011)

 "Propaganda", Cie Acrobat - Théâtre de la Cité Internationale (jusqu'au 15 août)

 "Déambulations aixoises", Igor Mitoraj - Aix-en-Provence, Abbaye de Salicave (jusqu’au 10 septembre)

 "Fabulations", Pilar Albarracin - Centre d’art le Lait (jusqu’au 31 octobre)

 "En vie", m.e.s. de Sébastien Derrey – L’Echangeur

 "Kawa", Masao Yamamoto - Galerie Camera Obscura

 "Combat de nègre et de chiens", m.e.s. Michael Thalheimer - Théâtre de la Colline

 DANSE / Festival June events à la Cartoucherie

 "Voyageurs immobiles" de Philippe Genty - Théâtre du Rond-Point

 "La Vraie Fiancée", m.e.s. Olivier Py - Théâtre de l'Odéon

 "L’auca del home que escampava la boira", Nicolas Rubio - la BDIC

 "Gosse de peintre", Takeshi Kitano – Fondation Cartier (jusqu'au 12 septembre)

 "Farewell", Jean-Charles Eustache - Galerie Benoît Le Carpentier

 Héros limite, m.e.s. de Laurent Vacher - Maison de la Poésie

 "Sakura", m.e.s. Martial Anton - Tarmac de la Villette

 "Doubles lumières", A.Miyanaga, N.Sekine - Maison de la culture du Japon à Paris

 "Morphine", m.e.s. de Thierry Atlan - Théâtre du Lucernaire

 “Rétrospective Mimmo Jodice 1960-2010” - Maison européenne de la photographie

 "Du goudron et des plumes", Compagnie MPTA/Mathurin Bolze – Parc de la Villette

Tous les articles Art

Art

"Littoral", texte et m. en sc. de Wajdi Mouawad – Théâtre 71 à Malakoff

Théâtre
Posté par Sarah Despoisse le 2010-01-24



Image principale
Ouvrir
 
Première pièce du quatuor « Le Sang des promesses » avant Incendies, Forêts et Ciels, Littoral ouvre une tranchée écumante sur le deuil, la filiation, la perte, la mémoire, l’identité, la rencontre, la vie dans toute sa douleur et sa beauté. Wilfrid perd son père et se heurte à l’opposition de la famille de sa mère morte en couches, qui lui interdit de l’enterrer dans le caveau familial. En quête d’un lieu de sépulture pour le corps exilé de celui qu’il a peu connu, un voyage initiatique commence pour cet orphelin dont le chemin croisera celui d’autres déracinés. Unis par le poids des fardeaux qu’ils portent, la route les mènera jusqu’au littoral…
 
Du noir complet naît un premier tableau. Adossés à un mur et hoquetant tels des poissons hors de l’eau, les personnages se détachent de la surface bâchée, laissant l’empreinte à la peinture de leurs corps animés par des soubresauts que l’on n’identifie pas encore : douleur, tentative de fuite, orgasme, sursaut de vie ou agonie ? Un peu tout à la fois, au fil de l’histoire où la peinture se fera tour à tour marquage, sperme, sang, puis vague. Wilfrid, magnifiquement joué par Emmanuel Schwartz, démarre son récit et l’absorption est immédiate. Il est extrêmement rare de nos jours d’entendre un texte mis en scène par l’auteur lui-même. Wajdi Mouawad, qu’on ne présente plus, transporte, prend aux tripes et parle à chacun dans un langage textuel et scénique simplement bouleversant.
 
C’est l’univers de Wilfrid qui porte l’architecture de la pièce. Brutalement orphelin, il puise sa force dans le rêve et la sur-dramatisation, grâce aux apparitions adjuvantes du Chevalier Guiromelan dont l’adoubement symbolique fera de lui un homme, maître de son destin (« je veux que tu deviennes invisible, le rêve que tu es m’aveugle trop de la vie »). Plein d’imagination, il a aussi « toujours l’impression de jouer dans un film ». Les séquences, ainsi mimées au clap et à la perche, décortiquent ses émotions telles des didascalies et donnent à voir ce qu’on ne dit pas, ce qu’on n’entend pas, ce qu’on ne voit pas. Inspiré par la bande dessinée dans sa gestuelle et son rire spontané un peu nigaud, le personnage incarne une naïveté enfantine mise à mal par le tragique de sa situation. Sa fragilité emplie d’autodérision en est touchante de sincérité et vecteur d’identification : "je voudrais pour une fois qu'il m'arrive quelque chose de facile !", crie-t-il au dieu auquel il ne croit pas, mais au cas où...
 
En face de Wilfrid, il y a Simone, la femme en colère qui chante, dont la colère trouvera écho dans Incendies et qui tire à elle-seule tout un pan de l’univers mouawadien : la guerre - quelle qu'elle soit -, l’innocence des enfants (« les ennemis ce sont nos parents »), le pacifisme et la revanche de l’instruction (« une bombe plus grosse que les autres : raconter nos histoires »), l’exil et le déracinement. L’idée quelque part que la violence des tragédies antiques fait partie de ce monde dans lequel nous vivons et que les meilleures armes sont de savoir lire, écrire et d’avoir un nom. C’est la mémoire que trimballe Joséphine, gardienne des annuaires, les noms des morts, qu’il faudra eux aussi enterrer quelque part pour renaître. Ou simplement pour pouvoir continuer à vivre car on ne peut pas oublier. Chez Wajdi Mouawad, le contexte est terrible, mais il y a l’espoir et le rire, concomitants. Comme dans le personnage de Sabbé, parricide et traversé d’un fou rire persistant : « nous sommes fous, mais c’est leur raison qui nous donne raison d’être fous ». Et le mort, qui parle et à qui Wilfrid demande sans cesse de « faire le mort », se demande : « à quoi rêvent-ils ? ». Le littoral amène la réponse, ils rêvent à l’horizon, d’avenir.
 
Le texte et la mise en scène sont d’une beauté époustouflante et d’une richesse rarement égalée. L’humilité et la justesse du propos, conjuguées à une exigence artistique accessible au plus grand nombre, contribuent à faire de ce spectacle un concentré d’émotions fortes et pures, dont le souvenir restera longtemps vivace, comme celui de la mise en scène d’Incendies par Stanislas Nordey à La Colline en 2008. On en redemande, inconditionnellement.
 
A voir au Théâtre 71 de Malakoff jusqu’au 21 février
Le site de Wajdi Mouawad
 
Du même auteur :
- « Journée de noces chez les Cromagnons », mise en scène Mylène Bonnet
Théâtre de la Tempête (jusqu’au 21 février)
- « Ciels », texte et mise en scène Wajdi Mouawad
Théâtre de l’Odéon (du 11 mars au 10 avril)
 
Littoral Wajdi Mouawad Théâtre 71 Malakoff
(c) Thibaut Baron


Retrouvez d'autres articles sur Wajdi Mouawad :

Wajdi Mouawad – "Willy Protagoras enfermé dans les toilettes" (Actes sud-papiers)
"Ciels", Wajdi Mouawad - Théâtre de l'Odéon


Share/Save/Bookmark 






Commentaires
De : Clap Clap Clap

Que dire du plus? Allez y !

Insérer un commentaire :
Nom ou pseudo :


Commentaire :


Veuillez entrer le mot perd dans la case ci-dessous:


 

 

Recherche sur le site

 

         Expos
         Théâtre
         Cirque
         Danse
         Entretien



FERMER