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"Les Nouvelles brèves de comptoir", m.e.s. Jean-Michel Ribes - Théâtre du Rond-Point

Théâtre
Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-03-14



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"Toutes les brèves de comptoir sont des phrases prononcées et recueillies par Jean-Marie Gourio dans bistrots, cafés, etc. Aucune n’a été écrite" (sous-entendu : par Gourio lui-même).
L’avertissement inclus dans le programme n’est pas inutile car on ressort à chaque fois de la lecture ou du spectacle des Brèves de comptoir (nouvelles ou pas) en se disant que, non, c’est pas possible, "c’est pas vrai, c’est écrit". Eh non ! Les Brèves de comptoir, c’est donc ce qu’il est convenu d’appeler (bonjour le cliché !) la "poésie du quotidien". Poésie fortement avinée, certes, mais beaucoup des grands poètes n’écrivent-ils pas, eux aussi, sous une "influence" (souvent celle de l’alcool, d’ailleurs) ?
Il y a du talent, autour des zincs, de ce talent qui fait parfois les grandes répliques de certains films d’Audiard (Michel, pas Jacques) ou de ses épigones : "C’est un iceberg, ce gars-là. Trois fois plus con que ce qu’on voit !". Il y a un sens de la formule aiguisée : "Je suis une mouche de télé. Je regarde que des merdes". Il y a le fameux bon sens populaire : "Les nouvelles du monde, elles doivent pas être si importantes que ça si elles sont dans un journal gratuit…". Il y a surtout, comme on le voit, le langage de la "vraie vie", puisque ces phrases en sont directement issues.

Les Nouvelles brèves de comptoir     Les Nouvelles brèves de comptoir

Après une pause de pas loin d’une dizaine d’années, Jean-Marie Gourio a donc repris sa collecte en 2008, donnant lieu à deux nouveaux recueils et à cette nouvelle pièce. On pouvait craindre que la corde finisse par craquer, à force de tirer dessus, que l’inspiration de nos concitoyens ne se tarisse. Et puis non, et il n’y a pas de raison, au fond. D’abord parce que le langage est inépuisable (singulièrement la langue française). Ensuite parce que, par essence, éponge de l’air du temps, le bistro suscite des conversations en prise avec l’actualité. Ainsi, dans cette cuvée 2010, il est pas mal question d’Obama ("C’est bien, pour la France, que les Américains aient un président antillais"), un peu moins de Sarkozy (ça nous fait des vacances, au moins). Mais il est surtout question des thèmes éternels, l’amour ("Mon plus grand chagrin d’amour, c’est que personne ne m’aime", joli, quand même, non ?), la mort, la maladie, la bouffe ("C’est quand même un malade mental, le type qui a inventé le boudin !", "Ma madeleine de Proust, c’est les rillettes"), les animaux, l’Histoire, la météo ("Ils ont dit qu’il allait pleuvoir et ils l’ont fait !"), la politique, le sexe et autres sujets plus ou moins existentiels. Et l’alcool, bien sûr, beaucoup. Cet alcool qui, plus qu’aucun autre adjuvant, libère la parole. Pour le meilleur, parfois ; pour le pire, souvent. Il est évidemment aussi beaucoup question du rapport à l’Autre, à l’Etranger, d’une certaine idée de la France, contribuant à sa façon aux débats du moment ("En même temps, c’est bien, le racisme, c’est à ça qu’on voit qu’on est blanc").
France profonde ? Pas seulement. Car l’alcool nivelle, pas toujours par le haut, évidemment.
D’une certaine façon, Gourio est à nos piliers de comptoir ce qu’Alan Lomax était aux plus ou moins vieux bluesmen du Sud américain qu’il enregistra inlassablement pendant plus de cinquante ans…

Les Nouvelles brèves de comptoir     Les Nouvelles brèves de comptoir

Depuis leur première transposition à la scène, en 1994, Jean-Michel Ribes a fait le pari de faire des Brèves de comptoir une vraie pièce de théâtre, jouant ici avec les différentes heures de la journée d’un café qui, s’il change à chaque tableau de configuration et d’occupants, est au fond toujours le même, la mémoire d’une certaine psyché nationale, que l’on pourra qualifier de populiste mais qui n’est en tout cas pas celle, policée, qui s’exprime dans les médias dominants. Ribes regarde globalement ses personnages avec une bienveillance (à la manière de Deschamps/Makeïeff avec leurs Deschiens, surtout ceux de la télé, référence aussi facile qu’un peu inévitable) qui n’empêche pas la vacherie (la tournée française du premier semestre qui suivra la création de la pièce au Théâtre du Rond-Point ne passe pas l’Alsace, c’est peut-être mieux comme ça…).
On peut s’interroger sur la nécessité de cette théâtralisation et la virtuosité des changements de costumes des comédiens en ayant un souvenir ému du regretté Jean Carmet (le décor aussi s’en souvient, avec un clin d’œil à ces vins d’Anjou qu’il aimait tant), qui n’avait pas besoin de beaucoup pour incarner, le premier, les Brèves de comptoir dans la cultissime émission Palace, à la fin des années 80.
Carmet n’est plus là mais la troupe des comédiens qui officient, certains depuis le début (Chantal Neuwirth et Laurent Gamelon, grand acteur sous-employé), est épatante et pleine d’un entrain communicatif. On peut toutefois se demander si, pour certaines répliques qui sentent souvent le vécu d’une vie de vaincu, Alban Casterman et Alexie Ribes (fille de) ne sont parfois pas un peu jeunes. Peut-être, mais, concernant la seconde, attribuons-lui haut la main le prix de Miss Jolies jambes du théâtre français 2010…


Au Théâtre du Rond-Point (Paris 8ème) jusqu’au 7 mai 2010 inclus, puis en tournée en France en mai-juin (Angoulême les 11 et 12 mai, Châlons-en-Champagne les 18 et 19, Nevers le 21, Dole le 23, Colombes le 25, Nice du 28 au 30, Marseille du 1er au 12 juin), puis en Suisse, Belgique et dans le reste de la France du 1er octobre au 30 mai 2011.




Découvrez "Les nouvelles brèves de comptoir" au Théâtre du Rond-Point sur Culturebox !


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