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"La compagnie des spectres", m.e.s. Zabou Breitman - Théâtre Silvia Monfort
Théâtre
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La compagnie des spectres évoque la question des habitus et la construction de l’intime par le politique, avec finesse et virtuosité. Une délicatesse qui n’empêche pas l’humour, grâce à la prestation fascinante de Zabou Breitman, à la fois metteuse en scène et actrice multiple endossant ici tous les rôles : la jeune fille, sa mère et sa grand-mère ainsi que l’élément perturbateur : l’huissier…
La langue écrite par Lydie Salvayre est toute en profondeur, elle se dit, très vite, exutoire des traumas cachés, et se meut entre les corps pour les modeler, souvent en sens contraire : le langage âpre et familier de la mère fait ressortir la fragilité de sa condition et les longues tirades protocolaires de l’huissier, venu faire l’inventaire avant saisie finale, sont le parfait reflet de l’ordure à sang froid que rien ne vient perturber dans sa tâche. Cet émissaire de l’Etat est l’électrochoc qui annihile les repères temporels de la mère et la replonge, une fois encore, en ce jour de mars 1943 où son fils fut tué par la milice du Maréchal « Putain ». Une situation présente qui se raconte au passé, avec tout du long la compagnie des spectres qui viennent claquer les portes et la mémoire, expliquant les frigos vides d’aujourd’hui par les ventres creux d’hier… Car à travers cette narration de l’histoire, ses anecdotes, ses pirouettes, Lydie Salvayre touche à la condition des familles et rappelle à tous que l’héritage reste pour beaucoup un lourd fardeau, qui unit les êtres dans la pauvreté. Malgré ce thème douloureux, la pièce de Zabou Breitman adopte un ton enjoué, et le propos est servi par un jeu d’actrice toujours aussi intelligent. ![]() Zabou Breitman, personnalité attachante, vivante, auteure travailleuse tournée vers l’autre, offre ici une prestation d’actrice émérite, variant les humeurs et les teintes avec agilité, disparaissant au profit de son personnage. Sa robe intemporelle et le jeu de lumière lui offrent des métamorphoses qui s’enchaînent avec naturel, et on croit presque, le temps d’une danse, être en présence de ces fameux spectres qui nous regardent… Hachurée par de tonitruants « C’est Darnan qui t’envoie !? », Zabou devient tantôt fille tantôt mère, et se donne toute entière à son public et à ce texte si musical. Elle opère des allers-retours entre une narration descriptive de la situation présente et des monologues intérieurs face au public avec une notion des frontières si fine qu’on est déporté d’un côté à l’autre sans s’en apercevoir. La bande à Putain sévit ici avec beaucoup plus de répercussion que celle de Bono, et le Duche, ou grand duc noir (l’aigle de la mort), rôde en permanence, un rictus sarcastique aux lèvres. La scénographie est tout comme le reste riche et astucieuse, fourmillant de détails constructifs, dense, contrebalançeant le vide de ces deux survivantes dont la vie se concentre autour d’un poste de télévision. Mais de l’espoir, il y en a pourtant, prenant le dessus sur le monde des fantômes, et l’essence de ce spectacle pourrait se résumer par cette assertion volontaire éructée par la mère : « Vous pouvez tout emporter, vous n’emporterez jamais nos désirs ! ». 106, rue Brancion, 75015 Paris | 01 56 08 33 88 Parc Georges Brassens | M° Porte de Vanves (ligne 13) Bus 58 / 62 / 89 / 95 | 191 | Tramway T3 station Brancion Retrouvez cet auteur sur Le Singe Hurleur Retrouvez d'autres articles sur Zabou Breitman : "La Médaille", m.e.s. Zabou Breitman - Théâtre du Rond-Point
Commentaires
De : Miel Un beau moment... Emouvant, terriblement drôle et triste. Et une grande prestation. Insérer un commentaire : |
