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"La Médaille", m.e.s. Zabou Breitman - Théâtre du Rond-Point
Théâtre
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Une Médaille bien frappée -
Deux ans après son travail d'adaptation théâtrale des films de Raymond Depardon, documentaires en hôpital psychiatrique et dans un commissariat, c'est au monde du travail, à l'usine, que s'attaque littéralement Zabou Breitman en adaptant le roman de Lydie Salvayre, La Médaille.
La pièce se déroule lors d'une cérémonie de remise de médailles à quatre salariés, après trente-deux ans de bons et loyaux services au sein de l'entreprise automobile Buisson. Les cadres dirigeants profitent de cette sympathique petite fête pour louer les valeurs de l'entreprise, de cette grande « famille » où les travailleurs sont au fond remerciés pour leur abnégation et leur servitude.
Chaque récipiendaire est invité à prendre la parole. Maladroitement, avec hésitations, fous rires, ils nous livrent leurs tranches de vie sans fard, sans fausse pudeur. Se succèdent Auguste dit Gus, père et mari violent, Geneviève dont la vie sans la compagnie de son chien serait désespérée, la veuve Duchêne, qui reçoit la médaille de son mari à titre posthume et ne nous épargne rien de la curieuse maladie de son époux : il change peu à peu de couleur et devient noir... Quant au quatrième, il envoie une lettre brève mais crue sur les raisons de son absence.
Parallèlement à cette « gentille » réunion, un atelier se met en « mouvement ». L'inquiétude et la nervosité gagnent progressivement la direction. La petite musique bien ordonnée de ce rituel devient vite cacophonie, un cauchemar pour la direction.
La pièce est en temps réel. Zabou Breitman accélère subtilement le rythme et le volume jusqu'au basculement dans la panique générale, à la manière de ces interminables banquets familiaux où, le vin aidant, les convives se lâchent et se livrent aux règlements de compte ! Sa distribution est exceptionnelle. Ses comédiens brossent des personnages de patrons loufoques, sans pitié, et d'ouvriers complexes dans leur humanité, racontant au public avec sincérité leur parcours intime, hors micro. Tous donnent une intensité jouissive à leur composition.
Ce spectacle jubilatoire ne manquera pas de provoquer réticences et grincements de dents. Toute la pièce est sur le ton de l'humour féroce, de l'ironie cinglante. La dénonciation d'un paternalisme étouffant et démagogique, d'une direction cynique, s'appuie explicitement sur l'actualité passée ou présente de grandes entreprises : collaboration de l'industrie automobile pendant la seconde guerre mondiale, délocalisations du jour au lendemain, vague de suicides...
Cependant le spectacle se garde d'être manichéen, au sens où la présentation du monde ouvrier déjoue la niaiserie d'une imagerie édulcorée. Si les ouvriers sont broyés et aliénés par une organisation du travail impitoyable, ils ne sont pas tous capables de révolte et peuvent être mus, eux aussi, par l'inavouable : violence et racisme, obséquiosité des remerciements naïfs aux oppresseurs.
Lydie Salvayre et Zabou Breitman nous rappellent que les pulsions diaboliques et la noirceur humaine ne sont pas l'apanage d'une classe sociale. Chacun d'entre nous peut être bourreau et victime. D'aucuns ne manqueront pas de s'étonner, voire de s'offusquer, de cette « fraternité » de fond entre patrons et ouvriers. Mais en les unissant ainsi, dansant ensemble une chenille qui fait à la fois rire et froid dans le dos, le spectacle en fait des hommes et des femmes « comme les autres ». Seule l'idéologie bourgeoise et bien-pensante voudrait que par définition l'ouvrier soit « bon » comme, au XVIIIe siècle, on le disait du Sauvage... Redonner de la complexité, c'est redonner de la dignité.
C'est sur cette lutte entre révolte qui gronde en coulisses et danse dérisoire de fin de soirée que se termine l'action. Un statu quo à l'issue incertaine. Un spectacle réussi parce qu'audacieux et dérangeant.
A voir au Théâtre du Rond-Point jusqu'au 9 octobre En tournée : du 13 au 23 octobre à Lyon, puis Corbeil, Martigues, Fribourg, Saint-Raphaël, Angoulème, Vélizy, Neuchâtel, Saint Etienne Rouvray, Colombes, Les Sables d'Olonne, Grasse. ![]() (c) Mario Del Curto Retrouvez d'autres articles sur Zabou Breitman : "La compagnie des spectres", m.e.s. Zabou Breitman - Théâtre Silvia Monfort
Commentaires
De : Amateur Je suis trés surpris ayant assisté à ce spectacle , de lire une aussi bonne critique .J'avais beaucoup aimé "les gens" , mais là malheureusement c'est complétement raté . Les acteurs sont bons mais la pièce doit dater des années 1970 et je pense avoir été écrite pour une troupe amateur de MJC de l'époque! C'est lent, outrancier ,enfantin ,cela me fait penser à georges Marchais mais ce n'est vraiment même pas drôle . Dommage. De : More Je partage ce point de vu. Rien à voir avec la façon dont jérôme Deschamps avec les "deschiens" traitait ce type de thème. Le public n'a pas beaucoup ri et moi je me suis franchement ennuyée, c'est tellement appuyé qu'obn fini par oublier que le thème est sacrément d'actualité. Mise en scène platement répétitive. Insérer un commentaire : |
