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"L'Enterrement (Festen... la suite)", m.e.s. Daniel Benoin (en tournée)
Théâtre
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En 1998 sortait Festen, second long métrage du réalisateur Thomas Vinterberg.
En 2010 il en propose une suite, L’Enterrement (Festen... la suite), pour le théâtre cette fois.
Si Festen est un véritable petit bijou à la puissance indéniable, force est de constater que L’Enterrement n’est pas Festen, loin de là…
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Lorsqu’en 1998 le jeune Thomas Vinterberg débarque avec Festen, premier long métrage estampillé Dogme 95, il est loin de se douter de la déferlante et de l’impact que ce film aura sur sa carrière et sur le cinéma européen tout entier.
Prix du jury au Festival de Cannes, Festen prend le parti d’étudier l’éclatement de la cellule familiale par le biais de l’histoire sordide d’un inceste tu depuis des années et qu’une réunion de famille anodine, l’anniversaire du patriarche, finira par révéler. Abordant tour à tour les thématiques symboliques œdipiennes que le sujet sous-tend, Festen est ainsi l’occasion pour le jeune cinéaste danois d’égratigner la famille en en dressant un portrait des plus corrosifs, fruit des propres contradictions que la filiation soulève.
Quelle est la place du secret dans une famille ? Est-il préférable d’occulter la réalité pour survivre ? Quelle importance donner au passé ? Peut-on renier un héritage quel qu’il soit ?
Fort de ce triomphe, Thomas Vinterberg propose pour la scène et cela plus de douze ans après Festen, L’Enterrement, suite des aventures de cette famille qui, dix ans plus tard, se retrouve de nouveau réunie autour du patriarche Helge, non plus pour fêter son anniversaire, mais pour célébrer comme le nom de la pièce le suggère, son enterrement.
![]() (c) Alain Hanel La pièce s’ouvre ainsi sur l’arrivée des différents membres de cette famille que nous connaissons déjà et qui s’articule autour des trois enfants de Helge (interprété par François Marthouret) et Else (Dominique Labourier). Christian (Pierre Cassignard), le fils abusé de Festen, a finalement épousé Pia (Caroline Proust), la femme de ménage qu’il convoitait dans l’épisode précédent. Hélène (Mathilda May), la sœur, constamment en révolte contre un monde qu’elle ne comprend pas, n’a rien perdu de sa verve ni de son franc-parler. Enfin Michael (Samuel Le Bihan), le frère, fraîchement acoquiné avec la pétillante Sofie (Mélanie Doutey), semble s’être assagi. Faisant irruption dans le manoir familial, les différents protagonistes amènent avec eux leur lot de non-dits, de rancœurs et le spectateur prend très rapidement conscience que si beaucoup a déjà été révélé, rien n’a vraiment été résolu et que le spectre du père plane encore sur cette famille irrémédiablement détruite.
Avant de rentrer dans le vif du sujet et de tailler dans la chair _ ou plutôt l’absence de chair_ de ce spectacle, saluons en premier lieu la scénographie et les décors de Daniel Benoin et Jean-Pierre Laporte qui, par le truchement d’un immense tapis qui recouvre tout, parviennent à symboliser de manière pertinente l’étouffement symptomatique qui définit cette famille : alors que l’extérieur est ouvert et lumineux, l’intérieur du manoir est sombre, lourd et étouffant : tout semble y être poussiéreux comme un appel à n’y rien remuer.
![]() (c) Alain Hanel Au niveau des thèmes abordés, et c’est là que le bât blesse, Thomas Vinterberg poursuit son interrogation en convoquant la notion discutable d’atavisme, détruisant par la même toute la finesse de son précédent travail. L’illustration de cette notion d’atavisme, si elle semble intéressante sur le papier (et encore), s’avère désastreuse sur scène tant le réalisateur s‘embourbe dans son texte dans des clichés stupides à des années-lumière de ce qui faisait l’intelligence de Festen. Dans L’Enterrement, les abusés deviennent abuseurs, comme s’ils n’avaient d’autres choix possibles et que cela était inhérent à leur nature même, la bascule s’effectuant dans une simplicité confondante. Si la malédiction familiale apparaissait déjà en filigrane dans Festen (le père attoucheur avait, semble-t-il, lui aussi été outragé), Vinterberg chausse ici des sabots si gros qu’il n’hésite pas à convoquer le père décédé en le faisant intervenir à la façon d’un fantôme ridicule. Helge fait en effet irruption en spectre et cela à grand renfort d’effets grandiloquents : avec une voix sentencieuse menaçante et grotesque, il apparaît dans les miroirs, contre les murs, exhortant les différents membres de la famille à accepter la malédiction qui les lie à jamais et à ainsi assumer les pulsions inavouables qui les habitent. Le procédé est tellement ridicule qu’il décrédibilise l’ensemble du discours _si tant est qu’il y en eut un_ et atteint son paroxysme dans cette scène de masturbation que rien ne justifie et qui ne raconte absolument rien : Sophie, à moitié endormie dans le lit d’un enfant qu’elle est venue consoler, se voit encourager par le vilain-fantôme-aux-vils-pouvoirs-de-méchant, à se caresser en imaginant des jeunes garçons à demi-nus, ce qu’elle finit par faire, n’ayant-d’autre-choix-puisqu’elle-est-soumise-à-la-malédiction-familiale-et-à-la-magie-démoniaque-du-vilain-fantôme-aux-vils-pouvoirs-de-méchant. Vide. Improbable. Grotesque.
![]() (c) Alain Hanel "Christian, je suis ton père, et je suis copain avec Pierrick Sorin.." Ajouté à cette idée complètement farfelue de « malédiction », ce qui faisait toute la complexité du personnage de Christian dans Festen est aussi balayé d’un revers de main comme si cela n’avait aucune importance : il est devenu un monstre, n’a plus rien d’humain (ou presque), et le spectateur a perdu toute empathie pour lui. Pire que tout, les réactions que suscite son geste sur le fils de Michael sont toutes incompréhensibles.
En voulant à tout prix choquer le spectateur, Thomas Vinterberg sombre dans la surenchère et détruit son œuvre en la purgeant par paresse, de toute complexité. Le spectateur n’est pas choqué par les personnages, leurs choix et leurs comportements, non, il l’est avant tout par Vinterberg qui clairement, se moque de lui en s’autoparodiant au possible de la sorte.
Comment défendre un tel texte ?
Et pire que tout, comment lui trouver un quelconque intérêt hormis celui de reposer sur un chef d’œuvre unanimement salué ?
![]() (c) Alain Hanel "On reconnait que je suis une rebelle à mes dreadlocks et au fait que même la neige n'a pas de prise sur moi..." C’est pourtant ce qu’a tenté de faire Daniel Benoin en faisant du mauvais Festen sur cet Enterrement-là : aucun risque véritable n’est ici pris tant tout est prévisible. En effet, hormis les décors symboliques et la jolie neige qui tombe au dehors en faisant très justement une jolie-neige-qui-tombe-au-dehors, les personnages sont très à leur place, comme bien rangés. Trop. Tellement que ça en devient irritant, le spectateur n’ayant qu’une seule envie : les mordre à pleine dent. La mère, en véritable chef de famille, nous donne ainsi un prévisible : « Les enfants, à taaaaaaaaaaaaaaaaaaable !!! » en tirant sur le « a » plus que de raison avec des froufrous de matriarche en voulez-vous, en voilà, alors que la sœur, rebelle jusqu’au bout d’ongles qu’on imagine volontiers rongés, porte des dreadlocks de circonstances et se déplace à la façon d’une camionneuse qu’on aurait chaussée de moon boots confectionnées dans du ciment (au cas où on n’aurait pas bien compris qu’elle est en opposition avec le monde qui l’entoure, qu’elle est rebelle, qu’elle est un personnage haut en couleur, qu’elle n’est pas comme les autres, qu’elle se distingue, qu’elle est trop pas pareil, qu’elle n’a grave rien à voir avec ses frères et sœurs, etc., etc.). Lourde, masculine et pataude, Mathilda May ne parvient jamais à sortir son personnage du cliché dans lequel on l’a mise tant et si bien que le spectateur en vient à se prendre de compassion pour la comédienne qui patauge tout du long dans un registre qui ne lui convient en rien. Seuls Samuel le Bihan et Mélanie Doutey réussissent à sortir du lot, et encore, tant au final leur prestation respective ne les éloigne pas trop du registre dans lequel chacun des deux excelle.
Au-delà des personnages, certains éléments du décor s’avèrent également par trop illustratifs façon tarte à la crème. La table par exemple, immense, est disposée symboliquement en Cène comme sur la peinture bien connue de Léonard de Vinci (nous avons compté le nombre de chaises face au public : il y en a 13, tout est raccord…), comme pour bien appuyer lourdement le propos, des fois que le spectateur n’aurait toujours pas compris qu’après le repas se mettra en place un drame sacrificiel.
Même les moments d’euphories ou d’ivresse censés être drôles et festifs ne parviennent pas jusqu’au spectateur tant ils restent sur la scène sans atteindre qui que ce soit avec toute l’efficacité d’un ragondin mort. Le spectateur se met alors à prier pour un dénouement brillant, une sorte de contrepoint qui viendrait habilement mettre en lumière tout ce qui précède, lui donner sens, dénouement brillant qui jamais n’arrivera, le confortant ainsi dans la conclusion que cette pièce est une vraie croûte.
On sort de l’Enterrement (Festen… la Suite) terriblement en colère : contre Thomas Vinterberg (et son accolyte Mogens Rukov) pour avoir commis un texte aussi indigent, contre Daniel Benoin, le metteur en scène, pour l’avoir défendu et enfin contre les comédiens, pour avoir péniblement fait semblant d’y croire, et cela pendant presque deux heures.
A découvrir jusqu'au 10 novembre au Théâtre du Rond-Point et jusqu'au 1er décembre au Théâtre National de Nice. texte Thomas Vinterberg et Mogens Rukov
texte français Daniel Benoin
mise en scène Daniel Benoin
avec
Pierre Cassignard .............Christian Paul Chariéras....................Kim
Mélanie Doutey ...................Sofie
Dominique Labourier ........Else, la mère
Samuel Le Bihan................Michael
Mathilda May ......................Helene
Caroline Proust ...................Pia
et la collaboration de François Marthouret............Helge, le père mort
lumière Daniel Benoin
costumes Nathalie Bérard-Benoin
vidéo Paulo Correia
décor Daniel Benoin, Jean-Pierre Laporte
assistantes à la mise en scène Emmanuelle Duverger, Maryse Estier
Entendu dans la salle : "Tu veux savoir le pire ? Qu'ils aient osé faire jouer un enfant dans cette pièce..."
Commentaires
De : Cécile Merci! une immense déception pour moi aussi ce soir après avoir vu la pièce à Lyon. Je n'avais pas envie de mordre les personnages mais tout simplement de pouvoir m'échapper, sortir de la salle ce que je ne pouvais pas faire ...même si l'un des passage exhortait "que ceux qui veulent sortir le fasse" ouiiii!!! moi.... moi je veux sortir de ce massacre... J'avais adoré le film Festen malgré l'histoire sordide mais qui tenait debout et qui sonnait juste. J'ai detesté cette pièce sordide tout court.... De : maya Idem, à Lyon, hier : Très très juste votre commentaire Mr Orsini. Il ne suffit pas d'avoir de bons comédiens encore faut-il les diriger, il y aurait tellement à dire, et Surtout ! Un texte ! S'il vous plaît ! Un texte bien écrit ! Ce n'est pas à coup de dreadloks, démarches de camionneur et des "putain" dans Chaque réplique, du scatologique dégoulinant que l'on peut faire la suite du chef d'oeuvre Festen. On aurait dit une volonté de choquer, bousculer le petit bourgeois. Et toutes ces bouteilles d'Absolut vodka seul rappel de l'atmosphère scandinave si importante ds Festen est ici grotesque et ridicule.."La boucle !" atavisme prévisible à 2 balles. Le seul qui est convaincu et convainquant est Pierre Cassignard, le seul sincère que l'auteur et le metteur en scène peuvent remercier, car il est honnête malgré un Texte nul et une mise en scène Trop prévisible, il veut y croire à cette histoire c touchant, mais moi je n'y ai pas cru une minute. Il faut un Beau et intelligent Texte pr un projet théâtrale.... Insérer un commentaire : |
