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"L'Atelier Volant", m.e.s. Valère Novarina - (en tournée)
Théâtre
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La langue que Valère Novarina a créée pour son spectacle « L’Atelier Volant » a de quoi décontenancer tant elle s’approche parfois du fourchelangue, mais pourquoi bouderait-on son plaisir d’un théâtre exigeant qui se joue avec brio des brillants mots-mêmes ?
L’Atelier Volant raconte l’entreprise avec pertinence : c’est d’abord celle tenue pour le filou M. Bouche (ou Boucot, ou Bucco, ou Bouc, on ne sait plus trop) et sa perfide femme, mais c’est aussi celle qui symbolise notre société rendue malade par l’argent et la nécessité de tout avoir, tout posséder. En ce sens, cette pièce écrite en 1971 (et première pièce de Novarina) est d’une justesse et d’une actualité impressionnantes. Léon Gambetta, Louise Michel y sont d'ailleurs convoqués.
« Nous sommes dans une crise qui n’est pas sans remède ! »_ Valère Novarina, "L'Atelier Volant".
Se jouant des codes qui lient patrons et employés, salariés et syndicats, Valère Novarina dépeint l’entreprise comme une sorte de cirque : tout est exagéré et les clowns sont partout. Chacun est déguisé, joue un rôle. Les ouvriers sont naïfs et manipulables, les patrons ne pensent qu’à s’enrichir. Que les employés se révoltent ? Il suffira de les envoyer en vacances à la plage et les faire jouer entre eux lors d'un séminaire pour qu’ils oublient. Les bénéfices diminuent ? Il suffira de faire travailler les employés deux fois plus en leur faisant croire qu’ils obtiendront des avantages mirifiques. Augmenter la cadence, le rythme, toujours, encore. Produire, produire. Un syndicat ? Bien sûr, du moment qu’il soit du côté du patron. Le corrompre. La carotte et le bâton. Promettre pour tout obtenir mais ne rien céder. Une sorte de philosophie. La lutte des classes : travailler plus pour gagner plus mais surtout ne pas l’ouvrir, jamais. Pour faire tourner une usine, il faut recruter des employés corvéables et dociles à merci : qu’ils soient en bonne santé, qu’ils aient le moral et la forme,cela suffit : ouvrez la bouche, tirez la langue : apte !
![]() (c) Giovanni Cittadini Cesi En filigrane de ce combat professionnel, se dessine un autre combat dont le premier se veut la métaphore du second : celui que se livrent la langue et le sens. Lorsque M. Bouche enfume ses employés avec les termes abscons de « marketing », « imponderability » et de « recruting », il tente de masquer l’abîme de sa justification, l’irrecevabilité de sa logique au profit toute dévouée. La langue devient alors une arme : elle est tout à la fois celle du patron mais aussi celle du comédien et de l’auteur. Elle peut se montrer manipulatrice ou bien au contraire dénonciatrice. Novarina l’utilise habilement pour faire chanter ses phrases qui finissent par claquer en bouche comme du pop corn, la révélant comme un personnage à part entière de cet Atelier Volant.
"Madame Bouche : Certitude splendide ! Acquisition, exception ! Qui désire lequel ?"
A. (un des ouvriers)_ Mi ! Moi ! Cui-lap hisse-vous plites... non, pas çui-ci : ce gros plife-là qui se groupe... pas içuil-soc, içuil-sac ! Pas la groupe, la brise : là ! à huche du cochet !
Madame Bouche_Pur pergamoïde pour cent."
A._ Na, de ce pluchot mal borné et mi-gras ne me lecte ! Hisse-vous plites, je louche miourffer les brousses à ce bagique-là qui me tend sa rotonde... Non, l'autre ! "_ Valère Novarina, "L'Atelier Volant".
Ainsi la langue s’emballe, s’élève (sans doute une vraie torture pour les comédiens !), tantôt criée, tantôt chantée : jusqu’à frôler l’incompréhensible, effet volontaire de l’auteur. En ce sens, le texte de Novarina est un petit bijou de précision.
« Les acteurs sont les révélateurs du corps caché du texte : ils nous rappellent, ils nous font voir que le texte est un animal vivant ». Valère Novarina (propos recueillis par Pierre Note).
Les comédiens ne sont d'ailleurs pas en reste dans cette virtuosité de la langue : Olivier Martin-Salvan est comme d’habitude parfait : son corps, boudiné au possible dans un costume improbable, symbolise à merveille les responsabilités et les contraintes du patron Bucco et sa femme, interprétée par l’inquiétante Myrto Procopiou, donne corps aux tristes et abjectes lois de l’offre et la demande, toute de bleu vêtue.
![]() (c) Giovanni Cittadini Cesi Il est néanmoins dommage que le texte sorte parfois, par excès de zèle, du contexte et perde le spectateur par des effets trop bavards faits de consonnes accrocheuses qui vident par trop le sens, étirant les possibilités de la langue jusqu’à plus soif. Certains seront échaudés par ces tumultes, d’autres finiront le voyage, quelque peu lessivés, mais la langue plus musclée.
A noter que les dessins présents sur les décors sont ceux de Valère Novarina. Assez, Nous en avons jusqu'au gosier ! /... par A découvrir jusqu'au 6 octobre au Théâtre du Rond-Point. puis en tournée : – 9-13 octobre 2012, T.N.P. Villeurbanne (69)
– 17 octobre 2012, Scène nationale de Mâcon (71)
– 23, 24 octobre 2012, La Coupe d’or, scène nationale de Rochefort (17)
– 7, 8 novembre 2012, Forum Meyrin (Suisse)
– 14-24 novembre 2012, Théâtre de Vidy-Lausanne, Suisse (relâche le 19 novembre)
– 27, 28 novembre 2012, espace des Arts, scène nationale de Chalon‑sur‑Saône (71)
– 6-8 décembre 2012, Théâtre du Grand‑Marché, Saint‑Denis de la Réunion (97)
– 16-18 janvier 2013, Comédie de Saint‑Étienne (42)
– 22-26 janvier 2013, Théâtre Dijon‑Bourgogne, Dijon (21)
– 7 février 2013, Théâtre de l’Archipel, Perpignan (66)
– 14-16 février 2013, Théâtre Garonne, Toulouse (31)
– 6, 7 mars 2013, Le Maillon, scène nationale de Strasbourg (67)
– 12, 13 mars 2013, Bonlieu, scène nationale d’Annecy (74)
– 19-22 mars 2013, T.N.B.A., Bordeaux (33)
– 4, 5 avril 2013, Nouveau Théâtre, C.D.N., Besançon (25)
Le texte de l'Atelier Volant est publié par P.O.L.texte, mise en scène et peintures Valère Novarina avec Julie Kpéré, Olivier Martin-Salvan, Dominique Parent, Richard Pierre, Myrto Procopiou,Nicolas Struve, René Turquois, Valérie Vinci collaboration artistiqueCéline Schaeffer scénographie Philippe Marioge musique Christian Paccoud lumières Joël Hourbeigt costumes Renato Bianchi maquillageCarole Anquetil dramaturgie Adélaïde Pralon, Roséliane Goldstein construction du décor Les ateliers de construction du Théâtre du Nord philosophie générale Clara Rousseau régie générale Richard Pierre adaptation des lumières en tournée Paul Beaureilles en alternance avec Eric Blevin régie plateau Raphäel Dupleix réalisation des costumes Sylvie Lombart assistée d’ Anne Poupelin réalisations des accessoires Jean-Paul Dewynter stagiaire - assistante à la mise en scène Marjorie Efther assistante de l'auteur Lola Créïs production Séverine Péan en collaboration avec Carine Hily / PLATÔ Entendu dans la salle : "Alors autant les comédiens sont très bons, mais alors autant le texte, pfiou... non mais c'est quoi ce texte ? Il est connu celui qui a écrit ce texte ?"
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