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"L’enfer du cuivre", Nyaba Ouedraogo - Galerie Particulière
Expos
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Nyaba Leon Ouedraogo est burkinabé. D’athlète professionnel qu’il aurait pu devenir, il opte pour une voie moins confortable, la photographie et pas des moindres s‘il vous plait. Celle qui l’intéresse, c’est celle des casse-cous, des têtes brûlées, des agitateurs de consciences, des empêcheurs de tourner en rond, celle des convictions et des prises de risques. Celle d’un Smith, d’un Nachtwey. Une photographie foncièrement humaniste dont on a plaisir à observer le regain et qui a pour nom photojournalisme. Nyaba Leon se lance en 2008 dans le métier et crée avec quelques collègues le Topic Visual Arts Plateform. Puis part à la découverte de l’Afrique qu‘il explore d‘Ouest en Est, du Nord au Sud en quête de sujets écologiques, économiques, sociologiques et politiques car ce sont ceux-là précisément qui lui tiennent à cœur. En 2011, il est nominé dans la section Growth de la shortlist du prestigieux prix Pictet. Toujours la même année, il reçoit le prix de l’Union Européenne aux rencontres de Bamako pour sa série L’enfer du cuivre. C’est une des deux séries que vous retrouverez jusqu’au 28 Mai prochain à la galerie Particulière. - Le cuivre à n’importe quel prix -
Après la Chine, l’Inde et la Russie, voilà que le recyclage numérique envahit depuis quelques années le continent africain. Les pays les plus touchés : le Bénin, le Togo, le Ghana qui devient l’une des principales plaques tournantes du recyclage des déchets électroniques en provenance de l’Europe et des Etats-Unis. Des e-déchets dont la production annuelle représenterait selon l‘ONU quelque chose comme cinquante millions de tonnes. A Accra, la capitale, s’est très vite organisée une chaine marchande, juteuse mais illégale, sur laquelle avec une complaisance désarmante les autorités ferment les yeux. La convention de Bâle de 1992 semble avoir été quelque peu au passage relégué aux oubliettes. Les perspectives économiques on s’en doute ne sont pas non plus tout à fait étrangères à la tolérance de l’affaire. L’organisation du recyclage est simple. Des grossistes ghanéens rachètent le matériel qu’ils acheminent directement dans leur décharge d’Agbogboshie pour les y brûler. Eu égard à la pénibilité du travail, la main d’oeuvre est toute trouvée : des enfants, des adolescents et de jeunes adultes. Les effectifs vont de 10 à 25 ans. « Ce job est un moyen de survivre… à l’état sauvage », précise Ouedraogo. Il complète par ces propos qui font froid dans le dos. « Et ce sont les plus chanceux car ils ont réussi à être cooptés par un cousin ou un ami grossiste. Des centaines d’autres jeunes rêveraient d’être à leur place ». (1)
![]() Les conséquences environnementales et sanitaires en sont évidemment catastrophiques. La tâche de ces forçats modernes est en effet on ne peut moins dangereuse. Démonter de vieux ordinateurs du lever au coucher du soleil, en brûler les composants en caoutchouc ou en plastique pour en récupérer la précieuse manne : le cuivre. Ce dernier est par la suite exporté en Inde et au Nigéria pour y être transformé en bijoux bon marché à destination de l’Europe. Le travail s’effectue sans protection, sans gants, sans masque, avec des outils de fortune dénichés ça et là au milieu des immondices. « Selon un rapport de Greenpeace datant de 2008, les enfants d’Agbogbloshie Market sont exposés à des substances et à des matériaux particulièrement dangereux extrêmement nocifs pour leur santé : le plomb endommage les systèmes nerveux, sanguin et reproductif, le mercure est nocif pour le cerveau, le PVC, une fois brûlé, dégage des substances chimiques cancérigènes pouvant aussi entraîner des problèmes respiratoires, cardio-vasculaires et dermatologiques. Ces substances libérées lors des incinérations contaminent également le canal à proximité et le terrain sur lequel se situe la décharge et où viennent paître vaches et moutons, au milieu des carcasses d’ordinateurs» (2) Si l’objectif premier du photographe est d’informer, de relayer et d’alerter l’opinion publique sur ces pratiques, le but second est aussi de dénoncer un système profondément injuste, cynique, inégalitaire, esclavagiste à la source duquel il faut remonter pour en dénoncer les vrais responsables. Des propositions existent. Parmi elles, on notera Greenpeace. - Carrières périlleuses -
A Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, et ceci depuis la période coloniale, on exploite le granit du site de Pissy selon les mêmes techniques. La faute à la proximité des habitations du secteur 17 qui empêchent l’utilisation d’explosifs. En désespoir de cause, les concasseuses - c’est ainsi que l’on nomme les femmes désignées au labeur - et les enfants - autres exploités - brûlent de vieux pneus afin d’ écraser les blocs de granit. Des blocs qui ensuite sont inlassablement martelés, frappés puis cassés pour fournir les particuliers et les professionnels.
![]() Par-delà la dureté du travail, s’ajoutent là encore des effets environnementaux et sanitaires aggravés par la contamination géographique et sociale. « Toujours en activité et en extension, il empiète chaque année un peu plus sur les terres agricoles qui se vident peu à peu des femmes et hommes qui les exploitaient, contraints de venir augmenter le nombre des travailleurs qui extraient la pierre». (3) A voir. (1), in Géo, article de Blaise Mao du 29 Janvier 2009. (2), in dossier de presse. (3), in dossier de presse.
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