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"L’auca del home que escampava la boira", Nicolas Rubio - la BDIC
Expos
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ERRATUM > jusqu'au 10 Juin. Nicolas Rubio - du haut de ses 72 ( erratum : 82 au compteur! ) printemps affichés avec sérénité - est un peintre catalan naturalisé argentin. Il vécut les éprouvantes heures noires de la Retirada, nom donné à l’exode forcé des républicains espagnols. Cet exil qui fit suite à la victoire de Franco et ses sbires en 1939 est un des innombrables épisodes tirés de la sanglante guerre d‘Espagne. La France comme destination initiale, l’Argentine comme seconde terre d’accueil. A la tradition qui sacrifie l’élève des beaux-arts d’Amérique Latine au sempiternel voyage d’études en Europe, Rubio lui préfère son continent d’adoption qu’il arpente de long en large en 1953 avec son ami Peter Sussman. Cette découverte aura pour conséquence majeure de fixer ses choix esthétiques et inaugurera un attachement immuable à la culture latino-américaine : notamment à l’art colonial et l’art précolombien. Rubio s’en fera tout au long de sa carrière artistique un inépuisable passeur comme il s’improvisera aussi colporteur aimant des arts populaires contemporains, défenseur de l’artisanat et conservateur du folklore. En 2008, il décide de faire don à la bibliothèque de documentation internationale contemporaine de Paris, la BDIC, de deux séries de tableaux, accompagnés d’un matériel hétérogène, dont une reproduction numérisée de son cahier d‘enfance.
![]() Cette œuvre forte de 48 tableaux, présentée en 1982 à la galerie Wildenstein de Buenos-Aires, est un hommage à son père : Santiago Rubio I Tuduri : * l’homme qui éparpillait le brouillard.
« Conteur d’images» épris de codex, Rubio recourt, pour « libérer les idées, et jeter par terre ce qui n’est pas clair », à une forme particulière - l’auca - («oie» en catalan) genre graphique et littéraire propre à la Catalogne. Concept ludique et narratif, précurseur de la BD, l’auca imite la construction du jeu de l’oie, déclinaison visuelle programmée sur un thème distinct : historique, divinatoire ou religieux. Ses règles - tant dans le fond que dans la forme - sont strictes. L’auca se dessine sur feuille imprimée pour un corpus invariable de 48 images, vignettes aux dimensions figées. Elles s’accompagnent aussi d’une légende explicative de deux vers - le rodolin - habituellement en heptasyllabe. Dans sa composition, l’auca n’est pas sans rappeler une autre expression artistique populaire, l’ex-voto mexicain, vulgarisé par Kahlo, et plus récemment par Vilchis Roque. Sa portée, souvent satirique et caricaturale, est détournée chez Rubio pour une mise en lumière onirique et distanciée de la vie de cet ingénieux père bricolo aux sandales de vent. Une autre liberté que se permet Rubio est le changement de support, optant pour la toile plutôt que pour la convenue feuille imprimée. Ce parti-pris audacieux confère par un effet boule de neige une valeur d’exception et de rareté à son oeuvre.
De ce parcours, on aurait pu penser que Nicolas Rubio en tirerait une fresque historique illustrée. Il nous propose en réalité une lecture toute personnelle. Nous entraîne dans une succession de tableaux, sélectives chroniques d’un quotidien photographié avec sagesse, humour et perspicacité.
Ce témoignage émouvant est bien évidemment nourri en arrière-plan par les perturbations multiples d’une histoire politique chargée - guerre d’Espagne, histoire de la Catalogne, progrès techniques, exil - mais sans que jamais cette toile de fond historique ne vienne envahir, assombrir et contaminer l’espace narratif intime. Cette auca est une bulle de contes primordiaux. Aux nuances cocasses, burlesques, teintées d'ironie à la sauce Cervantès. Auxquels s’allient des pastilles acidulées, fondantes comme des crayons de pastels. Gravures enchanteresses de l'amour filial dans la pierre burinée de l'éternité. Dans le cadre de l’exposition sera proposée le 28 mai une conférence du peintre. Lieu : Centre d’études catalanes. Rendez-vous : 18H30. Centre d'études catalanes
Commentaires
De : garrigoux Du haut de ses 82 printemps... et non 72! Nous étions en classe ensemble, pendant son exil dans le Cantal ; c'était les années de guerre. D'où, par la suite, et bien longtemps après, ses peintures de paysages auvergnats, presque toujours avec des vaches rouges (les "Salers"). La forme de Nicolas est d'autant plus agréable à constater. De : Elysia Autant pour moi Garrigoux : 82 ans... Mazette! Qui ne rêverait de les atteindre en si grande forme. Je trouve votre message très touchant et émouvant au regard de l'exposition, de cet hommage au père et de l'évocation de ce parcours jonché d'aventures pétillantes, rocambolesques et passionnées. En plus voir un cantalou surfer sur Culturopoing c'est sympa - le Cantal est une si belle région. Bonne continuation :) Insérer un commentaire : |
