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"Kawa", Masao Yamamoto - Galerie Camera Obscura
Expos
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Il y a des choses qui tiennent dans le «creux de la main» et que l’on chérit pour cette raison précise qu’il s’opère avec elles comme un voyage mental particulier. Celui d’une illusoire possession sentimentale à l’immédiateté poétique. Avec la sensation troublante d‘une transgression possible du rapport espace-temps - gommage inespéré de cet obstacle permanent entre le corps et la projection de la mémoire active sur l’objet. Inexorablement séparés. Cet essentiel invisible pour les yeux. Ces extensions de soi semi-exposées : miroir bombé, coquillage poli, photo de famille ou de photomaton vieillis, fragment de papier griffonné, boîte à pilules fatiguée. Cet inventaire proustien d’objets appartenant au monde de l‘intime. Rituels indispensables à notre progression. Collection et collecte comme architectures des voix et voies de la vie. Creux de main au programme pour vous présenter un photographe singulier du pays du soleil levant : Masao Yamamoto. De retour en France. En journées printanières. Il expose à la galerie Camera Obscura, son représentant français. Au regard d'un corpus cumulé sur une vingtaine d‘années, on comprend bien vite que Yamamoto a résolument et définitivement fondu pour le petit format - hommage direct à l’histoire de la photographie et surtout à ses balbutiements turbulents mais réjouissants. L’alliance du fond et de la forme étant nécessaires à la construction d’un propos artistique cohérent, Yamamoto opte pour un traitement du cliché hérité des tirages albuminés en vogue autour de 1850, aux contours approximatifs. Dans un entrecroisement peut-être involontaire avec un trait de l’esthétique japonaise - le wabi-sabi - que j’ ai récemment évoqué sur le travail des plasticiennes Miyanaga et Sekine pour Doubles lumières. Si l’on en croit les propos de Yamamoto dans le petit film que vous pourrez visionner ci-dessous, ses clichés résulteraient d’un vieillissement artificiel obtenu par une compulsion régulière des clichés, la pression répétée des mains, le frottement des doigts. Le maître, pudique, garde - il me semble - pourtant ses secrets. Car, de ces photos puces, il émane comme une salutation respectueuse à Felice Beato qui permit l’essor de cet art à l’envol japonais tardif.
![]() - courtesy - Camera Obscura - Les petits formats de Yamamoto pourraient en effet être perçus comme une fusion assumée et ingénieuse, une combinaison habile et réussie de différents courants esthétiques majeurs japonais confrontés à l’histoire de la photographie. Si le minimaliste ainsi que l’aspect graphique traversent de part en part l’oeuvre de Yamamoto, il n’empêche que derrière cette simplicité apparente s’observent des influences multiples. Influence du sumi-e dans la détermination de la composition et du parti-pris de la gamme chromatique. Influence du shin-hanga dans le choix des thèmes. Influence de l’ukiyo-e. Influence du clair-obscur de Steichen ou de Brigman.
Yamamoto , dans sa dernière exposition itinérante «Kawa», axe sa réflexion - très bouddhiste - sur le flux, les courants et mouvements de la nature. «tantôt rapides, ou au contraire imperceptibles […]: le courant figé de la neige, le flux des herbes et des nuages, l’immobilité d’un oiseau»
Dans la contemplation apaisée des mouvements de la vie, des êtres et des choses. A la recherche d’ un «processus de production de la mémoire ».
Réflexions de Masao Yamamoto sur ce nouveau travail :
«Kawa = le flot, la rivière, toujours pareille, toujours différente.
Le poète Ryokan (1758-1831) ,moine zen, a écrit ce haiku :
«Une feuille d’érable montre son dos, montre sa face avant d’atteindre le sol »
Ce poème a eu un grand impact sur moi.
Je pense que Ryokan a utilisé cette métaphore pour parler de la vie. La vie est une accumulation de moments. A certains moments les feuilles montrent leur face ensolleillée, a d’autres moments leur dos d’ombre, mais à la fin, toutes les feuilles tombent et disparaissent»
![]() - courtesy - Camera Obscura - Kawa sera mise en valeur dans des cadres classiques afin d'amener le visiteur à une concentration plus favorable à la contemplation. En cela elle s’opposera à une nouvelle série d' installation de "Nakazora» - fameuses "box of fu" (boîtes du vide) présentées sous forme d’accumulation de photographies. L’accrochage des photos est aléatoire, soumis in stricto sensu à la logique de profusion. Si trace de l’esprit l’est la photo, trace de l’esprit l’est aussi la mise en relation des images. L’appréhension de cette exposition s’effectue donc suivant un parcours instinctif, suspendu au devenir. Elle apparait comme une reconsidération de ces chambres d’étudiant, de ces cages à lapin d’internat appropriées au travers d’une décoration personnelle . Une personnalisation gagnée sur la perception d’un lieu qui nous déconcerte de prime abord par son anonymat. Résultat d’un bric-à-brac mêlant posters, photos, cartes postales et autres éléments liés aux affinités esthétiques et électives. Une décoration légère, transportable à souhait, adaptée au nomadisme forcé. Pour recréer un ersatz d‘«home sweet home», de nid douillet à l’hospitalité régénératrice.
A travers ces deux ensembles créatifs, Yamamoto ne nous parle que de cela : de la vie et ses attachements successifs résumables en une main. Se faisant traducteur privilégié du souffle vital en quête permanente d’harmonie et de bonheur. Une démarche altruiste profondément louable.
"La précipitation et l'immobilité sont également néfastes....j'espère que la série Kawa pourra apporter à l'esprit du spectateur un sentiment paisible capable de l'accompagner un moment dans le mouvement de sa vie". Masao Yamamoto. 268 boulevard Raspail.
75014 Paris.
Ouverture du mardi au samedi de 13h à 19h, et sur rendez-vous.
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