
|
"Gosse de peintre", Takeshi Kitano – Fondation Cartier (jusqu'au 12 septembre)
Expos
|
![]() ![]() |
|
Avec une rétrospective très complète à Beaubourg, la sortie (avec six mois de décalage par rapport au Japon) de son avant-dernier film (Achille et la tortue), la présentation du tout dernier à Cannes (Outrage) et une première exposition à la Fondation Cartier de son travail de plasticien, le printemps 2010 en France aura vraiment été placé sous le signe de "Beat" Takeshi Kitano. Et cette conjonction d’événements a clairement eu pour conséquence de reprendre confiance et espoir en un cinéaste qui, depuis son sommet (indépassable ?) Hana-bi, semblait mettre un point d’honneur à décevoir, voire même à consterner carrément. ![]() Pour les cinéphiles embarrassés par "Beat" Takeshi et qui ne jurent, depuis Sonatine, que par Takeshi Kitano, l’expo de ses peintures et autres installations sculpturales drôlatiques sera probablement considérée comme anecdotique et dispensable. C’est une erreur fondamentale et c’est surtout bien mal connaître l’ambivalence de l’artiste. La question n’est pas forcément de savoir si, au fond, le clown cathodique est le "vrai" Kitano ; il est constamment partie prenante de son œuvre, même la plus grave (où les trouées d’humour absurde ne rôdent jamais bien loin). A la Fondation Cartier, pour le coup, la noirceur de son œuvre semble absente : place aux couleurs éclatantes, à la déconnade, aux plaisanteries potaches et à une certaine forme de poésie, assez enfantine. Les enfants sont d’ailleurs le public privilégié de cette installation et ceux-ci ne cachent pas leur bonheur devant les œuvres ludiques, parfois participatives, qui leur sont proposées. Ça n’a l’air de rien, mais c’est assez épatant de voir un cinéaste aussi prestigieux (Lion d’or à Venise, en compétition à Cannes et l’un des plus influents de ces vingt dernières années, au Japon et au-delà) se mettre ainsi à hauteur d’enfant, sans faire semblant, le premier ravi de ses propres bêtises et blagues de préau. ![]() Ça pourrait aussi parfois être ridicule si ça n’était pas si drôle ou plein de la meilleure fantaisie. On vous recommande en particulier la vérité enfin révélée sur les raisons de l’extinction des dinosaures ou la présentation des armes secrètes de l’armée impériale japonaise. Jubilatoire ! Son œuvre picturale stricto sensu, reprenant souvent certains des codes de Picasso sur un mode naïf, est paradoxalement un peu la sacrifiée de l’installation, alors qu’elle bénéficie d’un double accrochage, aucun ne la mettant suffisamment en valeur (en transparence sur les grandes surfaces vitrées des façades au rez-de-chaussée et à l’étage, en accrochage classique mais trop dense au sous-sol). ![]() En revanche, le showman cathodique n’est pas oublié, avec une salle entière dédiée à sa passion du déguisement (souvent outrageusement délirant et tordant) et de son goût pour sadiser les participants (évidemment consentants) à ses "jeux" souvent assez flippants. On connaît le goût des Japonais, qu’ils en soient producteurs ou simples spectateurs, pour ces shows poussant souvent très loin les limites de la douleur, de la peur ou de l’humiliation publique (qui donnent bonne conscience à nos propres chaînes de télé sur l’air de "regardez un peu ces tarés et reconnaissez que notre trash TV à nous est très loin de ça !"). Ceux de Kitano s’inscrivent parfaitement dans ce courant, avec peut-être un petit grain de folie en plus qui semble l’habiter (mais on ne connaît vraiment pas assez la télé japonaise pour en être certain). Et on peut se dire que la violence de certains de ses films (dont, d’après les échos cannois, Outrage semble être un nouveau sommet) n’est que l’autre expression de cette "dark side" de Kitano du petit écran, en moins ludique. Etrangement, sauf exception, le reste de cette exposition Gosse de peintre (beau titre polysémique, renvoyant aussi bien au caractère "enfantin" de ses œuvres qu’à son propre père) n’en porte aucune trace visible. Mais n’oublions pas que Kitano peintre est né d’un terrible accident de moto ayant failli lui coûter la vie et l’ayant laissé en partie paralysé, comme son visage en portera à jamais les stigmates… A la Fondation Cartier (261 boulevard Raspail, Paris 14ème) jusqu'au 12 septembre 2010. http://fondation.cartier.com/ Retrouvez d'autres articles sur Takeshi Kitano : Takeshi Kitano - "Glory to the filmmaker !" Takeshi Kitano - Achille et la Tortue (avant-première) Takeshi Kitano – "Outrage"
Commentaires
Pas de commentaires pour le moment Insérer un commentaire : |
