bandeau

 





 La Tragédie du Vengeur, m.e.s. Jean-François Auguste, jusqu'au 14 février à la Ferme du Buisson

 "Cuisses de Grenouille", m.e.s. Carlotta Sagna

 "Nous Avons les Machines", m.e.s. J.-C. Meurisse, Les Chiens de Navarre

 "Lucide", m.e.s. Marcial di Fonzo Bo - Théâtre Marigny (jusqu'au 7 avril)

 Entretien avec Marcial Di Fonzo Bo

 "Urbik/Orbik", m.e.s. Joris Mathieu - Le Monfort (jusqu'au 18 février)

 "Circus Incognitus", Jamie Adkins - Théâtre de la Cité Internationale

 "La Dame aux camélias", m.e.s. Frank Castorf - Théâtre de l'Odéon (jusqu'au 4 février)

 Palmarès Art 2011

 Carte Blanche à Roland Angst - Galerie Les Douches

 "Les Rois du suspense", Grand Magasin - Ménagerie de Verre

 "Psy", Cie Les 7 doigts de la main - Parc de la Villette

 "Avenir Radieux, une fission française", Nicolas Lambert - Grand Parquet

 "Réalité Non Ordinaire", Scorpène / Serge Dupuy - Le Monfort

 "L'Entêtement", m.e.s. Elise Vigier & Marcial Di Fonzo Bo - TGP de Saint-Denis

 "La Vie", Cie Les 7 doigts de la main - Cabaret Sauvage

 "Sul concetto di volto nel figlio di Dio", m.e.s. Romeo Castellucci - 104

 "Divercité", Luc Georges - Atelier Hors-Champs, Mulhouse

 "Photoquai 2011", Mwanzo Millinga - Quai Branly

 "Quartier lointain", m.e.s. Dorian Rossel - Théâtre Le Monfort

Tous les articles Art

Art

"En vie", m.e.s. de Sébastien Derrey – L’Echangeur

Théâtre
Posté par Marion Oddon le 2010-06-16



Image principale
Ouvrir
 

Pierre Guyotat est sans doute le plus grand auteur contemporain EN/vie. Son écriture, débutée à l’âge de 14 ans, repérée par René Char et soutenue par les plus brillants intellectuels activitistes dans les années 70-80 (Boulez, Beuys, Pasolini, Sarraute…), est d’une richesse et d’un foisonnement qui forcent l’admiration. Pendant sombre de la langue de Louis Lazare Zamenhof (créateur de l’esperento), Guyotat épure les mots pour leur redonner sens, afin qu’ils  fassent corps avec une réalité crue où sexe, guerre et progéniture menent une cohabitation à mort.

Ecrivain dans sa peau, entendre par là depuis toujours, son obsession linguistique baignée d’Orient provient quant-à elle d’un trauma extérieur : son enfermement en cachot dans les prisons d’Alger en 1960. C’est cette condition temporaire de non-être qui entamera sa réflexion sur la figure du putain et la nécessité pour celui-ci de se libérer par les mots, en se réappropriant une langue qui lui a été dictée par ceux qui se disent Hommes.

Sébastien Derrey nous propose ici un « chemin dans la langue de Pierre Guyotat », recréant une histoire familiale et terrienne autour des textes de "progéniture", publiés en 2000 mais rédigés entre 1990 et 1996. Un pari audacieux et pourtant logique pour cet ancien communiste (Guyotat) dont la primauté est donnée à l’écoute de l’autre. C’est tout naturellement que Vitez, Chereau et d’autres ont pris posséssion de ses textes pour mieux les faire "rai(é)sonner," le théâtre étant un lieu d’accueil amical qui une fois encore a su lui rendre un hommage à sa mesure.

« Progéniture », dans la lignée d’ « Eden,eden,eden »  est en effet presque illisible à froid, et pourtant, il sonne dans cette mise en bouche fluide, grâce au talent de Jean Boissery (physiquement assez proche de Guyotat au passage), Frédéric Gustaedt et Catherine Jabot. Ces trois comédiens formidables tiennent tout du long les onomatopées éclatées de Guyotat avec brio et naturel. On ne prétendra pas aux lecteurs néophytes que les phrases seront immédiatement compréhensibles, mais pour celui qui se laisserait attentivement séduire par cette rusticité matricielle, qui accepterait d’entendre le sens et non la suite de sons guturaux qui s’échappe de ces trois carcasses un peu cassées, pour celui-ci, l’instant sera magique.

Il y a dans ce spectacle une histoire, algérienne ou paysanne, qui sent à la fois le souffre (celui des feux follets de Georges Sand et ses marécages brumeux, celui des canons dans les deserts de sable), et qui sent aussi, par à-coups, le lait caillé, celui des mères nouricières et du sperme séché. celui de la peur qui coule en bile amère des cadavres pourrissants. Le décor est à l’image de l’esprit de Gyuotat : métallique et arachnéen. Entre champs et camps, entre bataille et bordel, les putains, engeance maudite des « mé » (mères en langage non-être), recherchent leur « p » afin de devenir enfin des fils, à part entière. La mise en lumière subtile rappelle les jeux d'ombres des peintres Hollandais, car la peinture aussi, fait partie de la vie et l'oeuvre de Guyotat.

Ce spectacle est donc une très belle ôde à la filiation, agrémentée d’une pointe d’humour buffonesque, et un travail dans la langue qui mérite qu’on s’y attache, et qu’on prenne le temps d’en apprécier toute la grandeur et l’humilité.


A voir jusqu'au 26 juin
L'échangeur
59 avenue du Général de Gaulle
Bagnolet (L.3 arrêt Gallieni)


 



 




Share/Save/Bookmark 






Commentaires
Pas de commentaires pour le moment
Insérer un commentaire :
Nom ou pseudo :


Commentaire :


Veuillez entrer le mot sa dans la case ci-dessous:


 

 

Recherche sur le site

 

         Expos
         Théâtre
         Cirque
         Danse
         Entretien





FERMER