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"Du goudron et des plumes", Compagnie MPTA/Mathurin Bolze – Parc de la Villette
Cirque
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La nouvelle création de Mathurin Bolze désacralise la personnalité et met l’enjeu narratif au cœur de son spectacle, nous offrant une odyssée circassienne envoûtante et hautement réfléchie, où l’odeur du bois se mêle au vent de la tempête pour emporter petits et grands vers des sommets burlesques. L’atmosphère qui se dégage de cet impressionnant dispositif suspendu est tout à la fois onirique et chaude, rappelant souvent les climats tropicaux ou ceux des déserts américains. C’est d’ailleurs sur une de ces terres arides qu’ont poussé les racines de ce projet, puisque Mathurin Bolze s’est inspiré dans ses recherches du livre de Steinbeck « des souris et des hommes » pour comprendre ce qui lie les individus, ce qui les pousse à (mal) agir ou à s’entraider. Des situations qui se dessinent par suggestion et sous l’influence du temps qui passe, sous le tic-tac des horloges et la destruction progressive des décors et des corps. Car le burlesque est tramé d’une nostalgie immersive qui contribue à la beauté de l’ensemble. L’habillage sonore composé par Philippe Foch et Jérôme Fevre, ainsi que le dispositif lumineux imaginé par Jérémie Cusenier et Christian Dubet donnent le rythme, et fracturent l’espace et le temps, transformant cette construction de cahute en navire, d’Orient-Express en radeau. Sur un air de trompette, le spectacle débute, figé, laissant présager déjà les tensions dramatiques à venir. Une géographie spatiale mouvante qui se confronte à l’immobilité des corps, des perspectives qui s’échappent en trompe l’œil… Et des êtres perdus qui tentent de trouver une issue dans ce monde chaotique. ![]() Le nouveau cirque se distingue par sa volonté de contextualiser sa discipline, l’agrès devenant outil au service de l’homme. Avec « Du goudron et des Plumes », les agrès disparaissent et le décor revient sur le devant de la scèn(ographie). Véritablement spectaculaire, celle-ci devient l’acteur principal de cette quête tragi-comique où se baladent de petits pantins de chairs qui reproduisent les scènes de la vie « presque » quotidienne : s’aimer, se battre, se soumettre ou s’insurger. Des trouvailles visuelles élégantes, utilisant les propriétés de la lumière et les premières recherches kinéscopiques, invoquant la sueur des ouvriers chinois en colère et l’insouciance des habitants de l’immeuble Yacoubian, voilà de quoi nous faire perdre tous repères. Théâtral et parlé, ce cirque-là nous raconte des histoires, nous fait voyager et rêver, par d’autres voix, celles de la littérature, de Chaplin et de Visconti réunis, en passant bien sur par les plumes et le goudron des frères Daltons… Quand la terre tremble, c’est Babel qui nous sauvera tous. Compagnie MPTA Jusqu'au 25 avril Parc de la Villette - Grande Halle Paris, 19ème Retrouvez cet auteur sur Le Singe Hurleur
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