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"Deux voix", m.e.s. par Johan Simons - Théâtre des Amandiers

Théâtre
Posté par Marion Oddon le 2010-01-09



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En couverture du magazine « La Terrasse » du mois de janvier 2010 on peut lire cette phrase de Pier Paolo Pasolini : « La culture est une résistance à la distraction ».
 
Jeroen Willems nous prouve que les deux s’opposent aussi bien qu’ils s’assemblent. Dès la première scène, l’ouvrier se présente comme l’outil productiviste et l’acteur de la révolution, entrant de plein pied dans le sujet qui nous occupe : l’ambiguïté des discours et des actes.
 
Les « deux voix » mises en scène ici par Johan Simons, celles de Pier Paolo Pasolini et de Cor Herkströter (ancien président du conseil d’administration de Shell international) sont un prétexte autant qu’un fil conducteur à une démonstration sur la nature duale de la réalité. Une performance (pour l’acteur comme pour ses spectateurs) ardue et comique sur les noirceurs de notre humanité déchue et de la société capitaliste.
 
Aux travers de textes et de discours réels empruntés à ces deux personnalités que tout oppose - leurs idéaux, leurs actes et leur époque - Jeroen trace des ponts, recoupant ces voies dans un même espace, transformant le vrai en illusions.


 
Placer les propos de Pasolini (défenseur des libertés et farouche opposant du néolibéralisme) dans la même bouche que ceux tenus par Herkströter pour justifier le manque de valeur sociale des multinationales est une prise de risque qui aurait pu s’avérer grossière et facile. Mais l’exigence est là, et la pièce est portée par le corps multiglotte et plurimorphe de notre comédien néerlandais, par la finesse de la mise en scène et par les métamorphoses de genres. Rappelant à ses débuts le comique de situation du film de Peter Sellers « The party », le spectacle s’achemine progressivement vers les banquets décadents de Bacchus et ceux chers à Pasolini, terminant sur l’humiliation du faible par l’homme de Pouvoir.
 
...Nous arrivons dans la salle à la fin d’un repas apparemment copieusement garni... Les convives, fortement alcoolisés, sortiront de leur invisible alcoolisme au fil de la pièce... Jeroen Willems endosse tous les rôles avec une énergie délirante, incarnant avec autant d’intelligence  et de brio l’entrepreneur que son agent de liaison, le Saint Homme ou Satan en personne...
 
Cette pièce a cela de fascinant qu’elle est telle un contorsionniste : ajustable à toutes les époques, traversant les styles et les consciences. Une adaptabilité presque tragique si l’on pense que ce que dénonçait Pasolini dans les années 60 est aussi vrai en 1997 (date de création de la pièce) qu'en 2010.
 
La figure de Herkströter traverse sans doute moins bien le temps que celle de Pasolini, mais sa voix, elle, est reprise en chœur par les ombres de Berlusconi et son gouvernement corrompu, par le népotisme du petit Sarkozy, ainsi que par Andreotti, modèle du premier personnage et de l'homme de dieu (canonisé par le Diable, car la vérité sort du mensonge, et le bien du mal), incarnation du pouvoir et des paradoxes.
 
On ne vous dévoilera pas plus les nombreuses trouvailles verbales ou scéniques, les multiples réflexions qui germent à la suite de ce spectacle intense. On vous conseillera juste de braver les distances pour assister à ce tour de passe passe finement mené.
 
 
 
Théâtre Nanterre Amandiers
7 av. Pablo Picasso
RER A Nanterre-Préfecture
(des navettes assurent le transport juqu'au théâtre)




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