L'exposition Deadline aborde la production artistique d’artistes en fin de vie et y interroge les problématiques de la mort, la maladie, du vieillissement physique, la disparition à venir. Plusieurs oeuvres de 12 artistes contemporains sont présentées successivement dans des espaces dédiés : celles de Martin Kippenberger, Absalon, Hans Hartung, James Lee Byars, Felix Gonzales-Torres, Joan Mitchell, Robert Mapplethorpe, Chen Zhen, Gilles Aillaud, Willem de Kooning, Hannah Villinger, Jörg Immendorff. On trouve tout à la fois des peintures, des photographies, des vidéos, des installations.
Parmi les œuvres présentées, certaines peuvent s’interpréter plus facilement à l’aune de la thématique de l’exposition, laissant à voir les processus divers et variés de la confrontation d’un individu à sa propre disparition : souffrance et lutte contre la maladie (Absalon), pudeur (Hannah Villinger), sérénité, épure et sublimation par la connaissance (Chen Zhen, superbe cheminement spirituel autour de l’œuvre humaine avec une représentation magnifiée du corps humain et de la science chirurgicale). D’autres œuvres abordent frontalement la question de la mort ou de la maladie (photographies de Robert Mapplethorpe, mise en scène du tombeau chez James Lee Byars). L’urgence de créer, d’avancer semble aussi parfois se manifester à la fois par la quantité et l’énergie : Joan Mitchell, Hans Hartung. Mais au-delà des affects et des émotions perceptibles dans ces oeuvres, on peut regretter une sélection des travaux qui s’apparente à un procédé d’enfermement de la mort comme un processus coupé de la vie et presque autosuffisant.
Sous quel angle questionner la thématique complexe de la confrontation subjective et intime à sa propre disparition, et des permanences historiques ou sociales observables de cette confrontation ? L’ordonnancement des œuvres et les commentaires laconiques n’orientent pas le visiteur sur une piste ou une autre, telles que l’âge auquel survient la mort, les origines géographiques ou sociales des artistes, ou les profondeurs de l’individu mû par le besoin de laisser sa trace et léguer un trésor de création à la postérité. Tout juste est évoquée la posture de déni du vieillissement et de la mort dans la société occidentale, contextualisant ainsi la problématique dans sa dimension historique et socio-culturelle. On peut ici rappeler les travaux en histoire des mentalités de Philippe Ariès sur les attitudes historiques face à la mort, et son identification de la mort comme tabou au 20è siècle.
Pas d’imposition de sens donc, pas de choix arbitraire qui baliserait le chemin au risque d’enfermer notre réflexion. Espace ouvert mais peut-être aussi et surtout espace désordonné ou espace anarchique car les œuvres présentées sont limitées aux dernières années des artistes et par là-même ne permettent pas toujours d’entrer suffisamment dans leur univers singulier et leur perception du monde. A moins de supposer par un procédé d’ethnocentrisme ou « corporation-centrisme » que les visiteurs seraient des spécialistes d’art contemporain pouvant situer l’œuvre de ces artistes dans leur totalité, les organisateurs de l’exposition laissent un immense espace vide dans lequel peuvent se démultiplier les projections individuelles, telles que la fascination, les souffrances, les peurs intimes face à la mort ; ce qui à mon sens ne permet pas de voir dans les œuvres ce qui les constitue comme forme d’achèvement en même temps que continuité d’une trajectoire esthétique, émotionnelle et intellectuelle de toute une vie. On peut souligner à juste titre l’universalité de l’art comme espace de rencontre entre une œuvre et un individu, au-delà du médium d’une « clé » ou d’une traduction, mais cette exposition aurait gagné à faire connaître un petit peu les artistes, et par là même à ne pas les réduire à des êtres en fin de vie. La mort en dehors de la vie et séparée de la vie, n’est-ce pas justement un des constats lié à la constitution de la mort en tabou social ?
L'exposition s'est tenue du 16 octobre 2009 au 10 janvier 2010.