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"Ciels", Wajdi Mouawad - Théâtre de l'Odéon

Théâtre
Posté par Thavary Mam le 2010-03-21



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« Ciels » est la dernière pièce de la tétralogie « Le Sang des promesses » (« Littoral », « Incendies » et « Forêts ») et se pose comme le contrepoint des précédentes. Au sein d'un espace scénique démultiplié se déroule l'histoire de cinq cryptanalystes, en marge du monde pour déjouer un attentat. Mais le suicide de Valéry Masson, l'un des leurs, vient les décontenancer comme un coup de massue.
 
Dans la salle, quatre grands murs blancs et au centre, des tabourets rotatifs (et inconfortables) destinés à accueillir les spectateurs. Ces derniers se trouveront face à sept scènes dont l'une restera vierge de toute présence humaine vivante. La configuration baigne en plein dans le siècle. Wajdi Mouawad a convoqué la technologie en abondance. Vidéos et conversations en webcam s'entremêlent à l'interprétation en direct des acteurs.
 
L'action se joue sur une pluralité de plateaux qui évoquent les croisées du célèbre « Fenêtre sur cour » d'Hitchcock. L.B. Jeffries (James Stewart) était le témoin oculaire d'un acte barbare. Dans « Ciels », le spectateur observe une société contemporaine qui croule sous le progrès, appelant non pas l'amélioration de la vie mais la défiance et le sang. Le dramaturge met en scène une réflexion sur son époque. La violence s'affiche dans un labyrinthe du vingt-et-unième siècle qui rime avec le multimédia. Tableau d'une ére où la brutalité se retourne contre ceux qui épient et s'en croyaient préservés. Le spectateur, inclus dans le dispositif scénique, n'en est pas épargné.
 
Point d'ouverture, ici. La sensation d'enfermement, voire de camisole, domine au coeur de la pièce où triomphe désormais le « temps hoquetant ». C'est l'instant du balbutiement, du dédale où pourrait bien se tapir le Minotaure ainsi que du terrible déluge du verbe. L'heure où les mots des quatre coins du monde se heurtent et heurtent l'oreille, également assaillie par les bruits fracassants de bombardements.
 
Piste islamiste ou « piste Tintoret » ? L'intrigue, tissée autour du peintre de la Renaissance, n'est pas sans rappeler celle du « Da Vinci Code ». Wajdi Mouawad y ajoute heureusement quelques légers accents parodiques, via le rôle de Clément, interprété par Stanislas Nordey. Désigné par feu Valéry pour trouver la clef du mystère, le personnage résout les énigmes avec des démonstrations loufoques. L'homme s'exalte au milieu d'équations, hypoténuses et fractions ayant pour dénominateur une « douleur au carré ». Le ton surjoué d'un éventuel Einstein ou Newton qu'il prend fait sourire.
 
Le côté sombre reprend bien vite le dessus. A côté des mathématiques, la beauté et la poésie surgissent dans une averse de mots et un diaporama incluant les oeuvres de Van Gogh, Botticelli, Mondrian et autres peintres célèbres tandis que la menace de l'attentat se dessine avec ses traits sanguinolents.
 
Le dénouement contraste avec l'ensemble et affiche des faiblesses dues à un aspect larmoyant et pompeux, où s'oppposent la vie et la mort, autour de la figure emblématique de la Mater Dolorosa. Si la fin n'égale en rien une première moitié captivante, « Ciels » s'avère une oeuvre puissante, très ancrée dans une époque où l'atrocité, tel un aimant, se conjugue à la beauté.

Au Théâtre de l'Odéon jusqu'au 10 avril



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