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Un drap noir que l’on déchire, comme pour arrêter le temps, se battre contre la mort, et revenir aux origines. Interroger le sens et les mots grâce à une mise en scène muette, où six comédiens et un plasticien composeront entre danse et théâtre d’objet, dans un ballet baigné d’une sensualité enfantine. Mariapia Bracchi nous offre une proposition libre d’interprétation. Une pièce en construction, permettant à notre imagination de créer ses propres réflexions. Et pourtant, malgré cette liberté apparente, le fil de l’histoire est toujours là, s’accrochant à ce linceul noir pour lui
redonner vie, et nous ôter la nôtre.
La sensation du manque. L’appel de l’autre, le goût du rire...
Cette pièce formée de scénettes diluées actionne des mécanismes ludiques pour nous parler de choses graves : la perte, mais aussi l’isolement, car chacun de ces six comédiens tente avec frénésie de communiquer par son corps, touchant, s’appropriant, et s’appelant, dans un dialogue qui ne s’établira qu’à de rares moments. Magiques. Des mots en boîte. Pas prononcés. Oubliés. Et que les personnages redécouvriront, comme des trésors. Des dialogues de sourds entre muets. On croirait être dans un film de Tati, sur une plage, le haut-parleur se trace à la craie, reflet absurde
de notre maladresse à l’autre.
Ce rapport aux autres justement, présenté ici de manière ambiguë : Sont-ils parents, enfants, amants, ou tout simplement réminiscences d’un autre temps ? À force d’interroger le passé, on fait sortir les vieux fantômes, les anciennes peurs, les désirs cachés…Il faut savoir lire entre les lignes dans cette pièce dense, ou la scénographie a autant d’importance que le son. Car ce que l’on voit n’est pas forcément ce que l’on croit : Un carré blanc posé négligemment se transformera en pique-nique dominical, qui lui-même deviendra progressivement une métaphore de la décadence urbaine. Un tableau noir recouvert de craies colorées pourra devenir le symbole d’un corps qui palpite, jusqu’à ce que la musique vienne nous rappeler que lui aussi devra s’éteindre.
La ligne blanche implacable, sépare les êtres et les emmène vers une fin inévitable, ou vers un mariage… Jeux de mots, en corps à corps. Ce spectacle n’est pas tout à fait du théâtre, ni vraiment de la danse, il vogue sur plusieurs barques, les maniant toutes avec brio. Une heure d’émerveillement, de jubilation et d’inventions. Mariapi a trouvé la bonne équipe pour mener à bien cette histoire de famille, et a su donner le rythme parfait, sans rajouter une seconde de superflu.
À voir jusqu’au 30 avril 2009
Maison des métallos
94 RUE JEAN-PIERRE TIMBAUD
75011 PARIS
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