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 "Oblomov", m.e.s. Volodia Serre, Comédie Française (jusqu'au 9 juin)

 "Quand je pense qu'on va vieillir ensemble", m.e.s. J-C Meurisse, les Chiens de Navarre (en tournée)

 "Fragmente", m.e.s. Sofia Jupither, Odéon, Théâtre de l'Europe

 "Clôture de l'Amour", m.e.s. Pascal Rambert - en tournée

 "The Four Seasons Restaurant", m.e.s. Roméo Castellucci - Théâtre de la Ville

 "ATEM, le souffle", m.e.s Joseph Nadj - 104

 "Jeux de Cartes 1 : Pique", m.e.s. Robert Lepage - Odéon, Théâtre de l'Europe

 "Memento Mori", de Pascal Rambert & Yves Godin - Théâtre de Gennevilliers

 "Tout va bien en Amérique", m.e.s Lescot et Delbecq - Théâtre des Bouffes du Nord

 "Seuls", m.e.s. Wajdi Mouawad - Théâtre National de Chaillot

 "Le mal court", m.e.s. Stéphanie Tesson, Théâtre de Poche-Montparnasse (jusqu'au 21 avril)

 "L'immédiat", m.e.s. Camille Boitel - Nouveau Théâtre de Montreuil (jusqu'au 13 avril)

 "Acrobates", m.e.s. Stéphane Ricordel - Théâtre Silvia Monfort

 "Le Crocodile Trompeur / Didon & Enée", m.e.s. Achache & Candel - Bouffes du Nord

 "Ubu Roi", m.e.s. Declan Donnellan, Théâtre des Gémeaux

 "La Réunification des Deux Corées", m.e.s. Joël Pommerat (en tournée)

 "L'Homme qui se Hait", m.e.s. Denis Podalydès (en tournée)

 "Le Nazi et le Barbier", m.e.s. Tatiana Werner - Manufacture des Abbesses (jusqu'au 27 février)

 "Conte d'Amour"- m.e.s. Markus Öhrn - Théâtre de Gennevilliers

 "Théâtre sans Animaux", m.e.s. Jean-Michel Ribes (en tournée).

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Art

"66 Gallery" - m.e.s. Bérangère Jannelle (en tournée)

Théâtre
Posté par Alban Orsini le 2012-10-24



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Allen Ginsberg est, avec Burroughs et Kerouac, l’une des figures indissociables de la
Beat Generation, mouvement littéraire incontournable de la moitié du XXe siècle.
Entendre son "Howl" emblématique est un événement en soi : c’est ce que permet le spectacle-concept "66 Gallery" de Bérangère Jannelle, actuellement en tournée.

-

Howl est considéré par beaucoup, avec Sur la Route (de Jack Kerouac) et Le Festin Nu (de William Burroughs) comme un des chefs d’œuvre fondateurs de la Beat Generation. Dédié à son camarade Carl Salomon alors interné en psychiatrie, Howl est l’œuvre sans doute la plus connue d’Allen Ginsberg. Long poème culte, Howl (littéralement « cri », « hurlement ») décrit sous la forme d’un récit halluciné et hallucinant l’Amérique d’après-guerre, une Amérique détruite et gangrénée, une Amérique en perte de vitesse. Cette Amérique, c’est celle d’une génération qui se cherche de nouveaux repères sans y croire vraiment, une génération désabusée mais lucide, qu’il ne suffit plus de bercer d’illusions pour la satisfaire.
 
Composé de fragments regroupés en trois parties distinctes, Howl désarçonne par sa structure même et le rythme effréné qu’il bâtit par ses longues phrases à la syntaxe déconstruite : entre versification et prose, le texte est un véritable coup de poing qui fend l’espace par la voix, instrument certain dont il est indissociable. En effet, Howl n’est pas un texte qui se lit mais un texte qui se vit, scéniquement parlant. Il s’écoute. Il vibre. Incarné. Percutant comme la musique jazz à laquelle il emprunte la rythmique.
 
 
Allen Ginsberg
 
Et ce n’est pas par hasard si le 07 octobre 1955 reste une date importante, aujourd’hui encore, dans l’histoire de ce texte et plus largement dans l'histoire de la littérature contemporaine américaine. C’est en effet à cette date qu’eut lieu à la Six Gallery de San Francisco, la première lecture publique du poème d’Allen Ginsberg. Devant une centaine de personnes parmi lesquelles les amis Neal Cassady, Jack Kerouac (qui décrira d’ailleurs la scène dans son livre Les Clochards Célestes), Allen Ginsberg parviendra, par son talent d’écrivain et d’orateur, à galvaniser une foule conquise tant et si bien qu’à l’issue de la performance, Lawrence Ferlinghetti de City Lights Books, lui proposera d’éditer son poème sans plus attendre.  
 
Depuis, Howl est repris régulièrement à travers le monde, comme en écho de cette soirée mémorable du 07 octobre 1955. Étrangement, sa lecture en public reste rare en France.
 
Faire revivre cette performance, c’est donc le pari risqué que se sont lancés la metteuse en scène Bérangère Jannelle et la compagnie Ricotta avec 66 Gallery, une véritable immersion conceptuelle et interactive dans l’univers de Ginsberg, et cela bien au-delà de Howl.
 

(c) Alban Orsini
 
Trop en raconter serait gâcher le plaisir du spectateur tant 66 Gallery tire son originalité de l’écrin dans lequel il insère le texte-monstre de Ginsberg. Évoquons néanmoins rapidement les vapeurs d’encens, les installations graphiques et vidéo, et la convivialité très appréciable de ce spectacle qui, dès sa mise en bouche, donnent au spectateur une place centrale bien appréciable sous la forme d’une déambulation évocatrice.
 
(c) Alban Orsini
 
Après ce court mais intense voyage visuel et sonore, le spectateur rejoint l’alcôve dans laquelle se jouera le texte pour lequel il est venu : Howl. Il lui faudra pourtant attendre encore un peu, le spectacle à proprement parler ne s’ouvrant qu’après la projection de « La Ballade des Squelettes » telle que mise en musique par Paul McCartney et Philipp Glass (dont nous reproduisons à la fin de cette chronique, les paroles succulentes), et de l'lnterview qu'Allen Ginsberg donna à Jeremy Isaacs pour la BBC en 1995. C’est l’occasion de découvrir au travers de ces vidéos, un Ginsberg facétieux, véritable trublion, mutin et ironique au possible. Très touchant aussi.


 
 "Said Nancy's skeleton
Just say No
Said the Rasta skeleton
Blow Nancy Blow”
, Ballad of the Skeletons, Allen Ginsberg.
 
Puis entre enfin le comédien et performeur américain Douglas Rand qui, rapidement, prend possession de la scène en déclamant, investi et magnifique, le tant attendu Howl qui se met alors à résonner sur les murs de pierres de la comme crypte de la Maison de la Poésie à la façon d'un plaidoyer fantastique.
 
"I saw the best minds of my generation destroyed by madness, starving
 hysterical naked,
dragging themselves through the negro streets at dawn looking for an angry
 fix,
angelheaded hipsters burning for the ancient heavenly connection to the
 starry dynamo in the machinery of night..” Howl, Allen Ginsberg.
 
Alternant français et anglais, le comédien rend à ce texte un hommage rare, vibrant et incarné, qui percute le spectateur et le conquiert très vite. Chaque mot prend sens, chaque verset revêtant une dimension particulière. Le mot « jazz » ricoche et résonne, le nom de Moloch, terrorise toujours.

Howl fonctionne encore, à n’en pas douter, et 66 Gallery en fait une nouvelle fois la preuve.
 

(c) Stéphane Pauvret
 
Si le décor est champêtre, c’est paradoxalement une Amérique malade que choisit de nous décrire Bérangère Jannelle : le sol est jonché d’emballage de médicaments, le comédien tousse. C’est d’ailleurs l’aspect anxiogène du texte que la metteuse en scène décide de souligner en tirant profit d'une diction lourde, étirée et des montages musicaux expérimentaux de Jean-Damien Ratel qui, pour l’occasion, a créé un instrument de musique original, le « totem », sorte d'instrument bizarre ponctuant tout du long la déclamation de ses sonorités étranges et sombres, quelque part entre violoncelle, guitare et percussions. Drone. Si cette noirceur au tout début décontenance tant elle fait perdre au texte son « flow » et sa folie rythmique, elle en met néanmoins en lumière l’aspect désenchanté, choix au final très pertinent tant il l’éclaire originalement. Les mots atteignent le spectateur à n’en pas douter : à preuve, le texte même, effeuillé et jeté par le comédien en sa direction.
 

(c) Béatrice Logeais
 
Le spectacle se termine par cette longue déclamation très touchante d’Allen Ginsberg pour Carl, son ami interné dans un hôpital Psychiatrique de Rockland.
Les seules véritables fausses notes de cette proposition proviennent de l’accueil des spectateurs par des textes de Kerouac là où nous aurions préféré être tout de suite immergés dans l’univers exclusif de Ginsberg.
De même, le décalage que provoquent les aller-retour incessants entre les deux langues, français et anglais, desservent également le texte en le faisant changer de registre sans que l’on comprenne véritablement le mécanisme de cette bascule, le français semblant vider le texte de Ginsberg d’une partie de sa substance. Le texte anglais se serait suffi à lui-même. Mais cela sont des défauts bien mineurs face au bonheur ressenti à l'écoute de ce Howl là qui n'a pas pris une ride.
 
En conclusion 66 Gallery est un spectacle efficace qui fait revivre et cela avec un éclairage original, toute la force d’un texte devenu culte.

2013
USA / New York :  Janvier 2013
Vanves / Festival Artdanthé : Février 2013 (2 représentations)
Maubeuge / Festival VIA : Mars 2013 (2 représentations)
Saint-Brieuc / Festival 360° :  Mars 2013 (1 représentation)
 
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« The Ballad of the Skeletons »
 
"Said the Presidential Skeleton
I won't sign the bill
Said the Speaker skeleton
Yes you will

Said the Representative Skeleton
I object
Said the Supreme Court skeleton
Whaddya expect

Said the Miltary skeleton
Buy Star Bombs
Said the Upperclass Skeleton
Starve unmarried moms

Said the Yahoo Skeleton
Stop dirty art
Said the Right Wing skeleton
Forget about yr heart

Said the Gnostic Skeleton
The Human Form's divine
Said the Moral Majority skeleton
No it's not it's mine

Said the Buddha Skeleton
Compassion is wealth
Said the Corporate skeleton
It's bad for your health

Said the Old Christ skeleton
Care for the Poor
Said the Son of God skeleton
AIDS needs cure

Said the Homophobe skeleton
Gay folk suck
Said the Heritage Policy skeleton
Blacks're outa luck

Said the Macho skeleton
Women in their place
Said the Fundamentalist skeleton
Increase human race

Said the Right-to-Life skeleton
Foetus has a soul
Said Pro Choice skeleton
Shove it up your hole

Said the Downsized skeleton
Robots got my job
Said the Tough-on-Crime skeleton
Tear gas the mob

Said the Governor skeleton
Cut school lunch
Said the Mayor skeleton
Eat the budget crunch

Said the Neo Conservative skeleton
Homeless off the street!
Said the Free Market skeleton
Use 'em up for meat

Said the Think Tank skeleton
Free Market's the way
Said the Saving & Loan skeleton
Make the State pay

Said the Chrysler skeleton
Pay for you & me
Said the Nuke Power skeleton
& me & me & me

Said the Ecologic skeleton
Keep Skies blue
Said the Multinational skeleton
What's it worth to you?

Said the NAFTA skeleton
Get rich, Free Trade,
Said the Maquiladora skeleton
Sweat shops, low paid

Said the rich GATT skeleton
One world, high tech
Said the Underclass skeleton
Get it in the neck

Said the World Bank skeleton
Cut down your trees
Said the I.M.F. skeleton
Buy American cheese

Said the Underdeveloped skeleton
We want rice
Said Developed Nations' skeleton
Sell your bones for dice

Said the Ayatollah skeleton
Die writer die
Said Joe Stalin's skeleton
That's no lie

Said the Middle Kingdom skeleton
We swallowed Tibet
Said the Dalai Lama skeleton
Indigestion's whatcha get


Said the World Chorus skeleton
That's their fate
Said the U.S.A. skeleton
Gotta save Kuwait

Said the Petrochemical skeleton
Roar Bombers roar!
Said the Psychedelic skeleton
Smoke a dinosaur

Said Nancy's skeleton
Just say No
Said the Rasta skeleton
Blow Nancy Blow

Said Demagogue skeleton
Don't smoke Pot
Said Alcoholic skeleton
Let your liver rot

Said the Junkie skeleton
Can't we get a fix?
Said the Big Brother skeleton
Jail the dirty pricks

Said the Mirror skeleton
Hey good looking
Said the Electric Chair skeleton
Hey what's cooking?

Said the Talkshow skeleton
Fuck you in the face
Said the Family Values skeleton
My family values mace

Said the NY Times skeleton
That's not fit to print
Said the CIA skeleton
Cantcha take a hint?

Said the Network skeleton
Believe my lies
Said the Advertising skeleton
Don't get wise!

Said the Media skeleton
Believe you me
Said the Couch-potato skeleton
What me worry?

Said the TV skeleton
Eat sound bites
Said the Newscast skeleton
That's all Goodnight"




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Commentaires
De : Steven

Et regardez le blog - The Allen Ginsberg Project http://ginsbergblog.blogspot.com/ - quotidien -
très intéressant

De : Alban Orsini

Merci pour le lien Steven.

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