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"66 Gallery" - m.e.s. Bérangère Jannelle (en tournée)
Théâtre
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Allen Ginsberg est, avec Burroughs et Kerouac, l’une des figures indissociables de la
Beat Generation, mouvement littéraire incontournable de la moitié du XXe siècle. Entendre son "Howl" emblématique est un événement en soi : c’est ce que permet le spectacle-concept "66 Gallery" de Bérangère Jannelle, actuellement en tournée. - Howl est considéré par beaucoup, avec Sur la Route (de Jack Kerouac) et Le Festin Nu (de William Burroughs) comme un des chefs d’œuvre fondateurs de la Beat Generation. Dédié à son camarade Carl Salomon alors interné en psychiatrie, Howl est l’œuvre sans doute la plus connue d’Allen Ginsberg. Long poème culte, Howl (littéralement « cri », « hurlement ») décrit sous la forme d’un récit halluciné et hallucinant l’Amérique d’après-guerre, une Amérique détruite et gangrénée, une Amérique en perte de vitesse. Cette Amérique, c’est celle d’une génération qui se cherche de nouveaux repères sans y croire vraiment, une génération désabusée mais lucide, qu’il ne suffit plus de bercer d’illusions pour la satisfaire.
Composé de fragments regroupés en trois parties distinctes, Howl désarçonne par sa structure même et le rythme effréné qu’il bâtit par ses longues phrases à la syntaxe déconstruite : entre versification et prose, le texte est un véritable coup de poing qui fend l’espace par la voix, instrument certain dont il est indissociable. En effet, Howl n’est pas un texte qui se lit mais un texte qui se vit, scéniquement parlant. Il s’écoute. Il vibre. Incarné. Percutant comme la musique jazz à laquelle il emprunte la rythmique.
![]() Allen Ginsberg
Et ce n’est pas par hasard si le 07 octobre 1955 reste une date importante, aujourd’hui encore, dans l’histoire de ce texte et plus largement dans l'histoire de la littérature contemporaine américaine. C’est en effet à cette date qu’eut lieu à la Six Gallery de San Francisco, la première lecture publique du poème d’Allen Ginsberg. Devant une centaine de personnes parmi lesquelles les amis Neal Cassady, Jack Kerouac (qui décrira d’ailleurs la scène dans son livre Les Clochards Célestes), Allen Ginsberg parviendra, par son talent d’écrivain et d’orateur, à galvaniser une foule conquise tant et si bien qu’à l’issue de la performance, Lawrence Ferlinghetti de City Lights Books, lui proposera d’éditer son poème sans plus attendre.
Depuis, Howl est repris régulièrement à travers le monde, comme en écho de cette soirée mémorable du 07 octobre 1955. Étrangement, sa lecture en public reste rare en France.
Faire revivre cette performance, c’est donc le pari risqué que se sont lancés la metteuse en scène Bérangère Jannelle et la compagnie Ricotta avec 66 Gallery, une véritable immersion conceptuelle et interactive dans l’univers de Ginsberg, et cela bien au-delà de Howl.
(c) Alban Orsini Trop en raconter serait gâcher le plaisir du spectateur tant 66 Gallery tire son originalité de l’écrin dans lequel il insère le texte-monstre de Ginsberg. Évoquons néanmoins rapidement les vapeurs d’encens, les installations graphiques et vidéo, et la convivialité très appréciable de ce spectacle qui, dès sa mise en bouche, donnent au spectateur une place centrale bien appréciable sous la forme d’une déambulation évocatrice.
(c) Alban Orsini
Après ce court mais intense voyage visuel et sonore, le spectateur rejoint l’alcôve dans laquelle se jouera le texte pour lequel il est venu : Howl. Il lui faudra pourtant attendre encore un peu, le spectacle à proprement parler ne s’ouvrant qu’après la projection de « La Ballade des Squelettes » telle que mise en musique par Paul McCartney et Philipp Glass (dont nous reproduisons à la fin de cette chronique, les paroles succulentes), et de l'lnterview qu'Allen Ginsberg donna à Jeremy Isaacs pour la BBC en 1995. C’est l’occasion de découvrir au travers de ces vidéos, un Ginsberg facétieux, véritable trublion, mutin et ironique au possible. Très touchant aussi.
"Said Nancy's skeleton
Just say No Said the Rasta skeleton Blow Nancy Blow”, Ballad of the Skeletons, Allen Ginsberg. Puis entre enfin le comédien et performeur américain Douglas Rand qui, rapidement, prend possession de la scène en déclamant, investi et magnifique, le tant attendu Howl qui se met alors à résonner sur les murs de pierres de la comme crypte de la Maison de la Poésie à la façon d'un plaidoyer fantastique.
"I saw the best minds of my generation destroyed by madness, starving
hysterical naked,
dragging themselves through the negro streets at dawn looking for an angry
fix,
angelheaded hipsters burning for the ancient heavenly connection to the
starry dynamo in the machinery of night..” Howl, Allen Ginsberg.
Alternant français et anglais, le comédien rend à ce texte un hommage rare, vibrant et incarné, qui percute le spectateur et le conquiert très vite. Chaque mot prend sens, chaque verset revêtant une dimension particulière. Le mot « jazz » ricoche et résonne, le nom de Moloch, terrorise toujours.
Howl fonctionne encore, à n’en pas douter, et 66 Gallery en fait une nouvelle fois la preuve. ![]() (c) Stéphane Pauvret Si le décor est champêtre, c’est paradoxalement une Amérique malade que choisit de nous décrire Bérangère Jannelle : le sol est jonché d’emballage de médicaments, le comédien tousse. C’est d’ailleurs l’aspect anxiogène du texte que la metteuse en scène décide de souligner en tirant profit d'une diction lourde, étirée et des montages musicaux expérimentaux de Jean-Damien Ratel qui, pour l’occasion, a créé un instrument de musique original, le « totem », sorte d'instrument bizarre ponctuant tout du long la déclamation de ses sonorités étranges et sombres, quelque part entre violoncelle, guitare et percussions. Drone. Si cette noirceur au tout début décontenance tant elle fait perdre au texte son « flow » et sa folie rythmique, elle en met néanmoins en lumière l’aspect désenchanté, choix au final très pertinent tant il l’éclaire originalement. Les mots atteignent le spectateur à n’en pas douter : à preuve, le texte même, effeuillé et jeté par le comédien en sa direction.
![]() (c) Béatrice Logeais Le spectacle se termine par cette longue déclamation très touchante d’Allen Ginsberg pour Carl, son ami interné dans un hôpital Psychiatrique de Rockland.
Les seules véritables fausses notes de cette proposition proviennent de l’accueil des spectateurs par des textes de Kerouac là où nous aurions préféré être tout de suite immergés dans l’univers exclusif de Ginsberg. De même, le décalage que provoquent les aller-retour incessants entre les deux langues, français et anglais, desservent également le texte en le faisant changer de registre sans que l’on comprenne véritablement le mécanisme de cette bascule, le français semblant vider le texte de Ginsberg d’une partie de sa substance. Le texte anglais se serait suffi à lui-même. Mais cela sont des défauts bien mineurs face au bonheur ressenti à l'écoute de ce Howl là qui n'a pas pris une ride. En conclusion 66 Gallery est un spectacle efficace qui fait revivre et cela avec un éclairage original, toute la force d’un texte devenu culte.
24 & 25 novembre 2012
La Manufacture atlantique / Bordeaux (33) tel : 05 56 85 82 81 / www.letnt.com 2013
USA / New York : Janvier 2013
Vanves / Festival Artdanthé : Février 2013 (2 représentations)
Maubeuge / Festival VIA : Mars 2013 (2 représentations)
Saint-Brieuc / Festival 360° : Mars 2013 (1 représentation)
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- « The Ballad of the Skeletons »
"Said the Presidential Skeleton
I won't sign the bill Said the Speaker skeleton Yes you will Said the Representative Skeleton I object Said the Supreme Court skeleton Whaddya expect Said the Miltary skeleton Buy Star Bombs Said the Upperclass Skeleton Starve unmarried moms Said the Yahoo Skeleton Stop dirty art Said the Right Wing skeleton Forget about yr heart Said the Gnostic Skeleton The Human Form's divine Said the Moral Majority skeleton No it's not it's mine Said the Buddha Skeleton Compassion is wealth Said the Corporate skeleton It's bad for your health Said the Old Christ skeleton Care for the Poor Said the Son of God skeleton AIDS needs cure Said the Homophobe skeleton Gay folk suck Said the Heritage Policy skeleton Blacks're outa luck Said the Macho skeleton Women in their place Said the Fundamentalist skeleton Increase human race Said the Right-to-Life skeleton Foetus has a soul Said Pro Choice skeleton Shove it up your hole Said the Downsized skeleton Robots got my job Said the Tough-on-Crime skeleton Tear gas the mob Said the Governor skeleton Cut school lunch Said the Mayor skeleton Eat the budget crunch Said the Neo Conservative skeleton Homeless off the street! Said the Free Market skeleton Use 'em up for meat Said the Think Tank skeleton Free Market's the way Said the Saving & Loan skeleton Make the State pay Said the Chrysler skeleton Pay for you & me Said the Nuke Power skeleton & me & me & me Said the Ecologic skeleton Keep Skies blue Said the Multinational skeleton What's it worth to you? Said the NAFTA skeleton Get rich, Free Trade, Said the Maquiladora skeleton Sweat shops, low paid Said the rich GATT skeleton One world, high tech Said the Underclass skeleton Get it in the neck Said the World Bank skeleton Cut down your trees Said the I.M.F. skeleton Buy American cheese Said the Underdeveloped skeleton We want rice Said Developed Nations' skeleton Sell your bones for dice Said the Ayatollah skeleton Die writer die Said Joe Stalin's skeleton That's no lie Said the Middle Kingdom skeleton We swallowed Tibet Said the Dalai Lama skeleton Indigestion's whatcha get Said the World Chorus skeleton That's their fate Said the U.S.A. skeleton Gotta save Kuwait Said the Petrochemical skeleton Roar Bombers roar! Said the Psychedelic skeleton Smoke a dinosaur Said Nancy's skeleton Just say No Said the Rasta skeleton Blow Nancy Blow Said Demagogue skeleton Don't smoke Pot Said Alcoholic skeleton Let your liver rot Said the Junkie skeleton Can't we get a fix? Said the Big Brother skeleton Jail the dirty pricks Said the Mirror skeleton Hey good looking Said the Electric Chair skeleton Hey what's cooking? Said the Talkshow skeleton Fuck you in the face Said the Family Values skeleton My family values mace Said the NY Times skeleton That's not fit to print Said the CIA skeleton Cantcha take a hint? Said the Network skeleton Believe my lies Said the Advertising skeleton Don't get wise! Said the Media skeleton Believe you me Said the Couch-potato skeleton What me worry? Said the TV skeleton Eat sound bites Said the Newscast skeleton That's all Goodnight"
Commentaires
De : Steven Et regardez le blog - The Allen Ginsberg Project http://ginsbergblog.blogspot.com/ - quotidien - très intéressant De : Alban Orsini Merci pour le lien Steven. Insérer un commentaire : |
